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Steffen Haars - director portrait

Steffen Haars

Avec New Kids Turbo, Steffen Haars a transformé une vulgarité ostensiblement idiote en phénomène de culture pop et, plus important encore, en geste de cinéma. C'est une entrée idéale dans son univers, parce qu'elle rappelle que Haars n'a jamais eu peur du mauvais goût lorsqu'il devient forme, rythme et vision du monde. Chez lui, l'excès n'est pas un défaut à corriger. C'est une manière de prendre au sérieux les pulsions basses d'une culture saturée de consommation, de testostérone et de nihilisme récréatif.

Le cinéma néerlandais a toujours entretenu une relation féconde avec la provocation et l'énergie populaire. Haars s'y inscrit en dynamitant les hiérarchies entre comédie débile, cinéma d'action, gore et satire sociale. Ce mélange pourrait facilement s'effondrer dans le simple sketch prolongé. Or ses meilleurs films possèdent un vrai sens de l'escalade. Tout part d'une situation grossière, puis se met à enfler jusqu'à atteindre une sorte de logique délirante où la bêtise elle-même devient moteur narratif. C'est brutal, outrancier, souvent très drôle, et parfois étonnamment lucide.

Cette lucidité porte sur le collectif. Haars filme des bandes, des meutes, des communautés de pulsion plus que des individus psychologiquement fouillés. Ses personnages parlent fort, pensent vite et mal, réagissent avant de comprendre. Ce ne sont pas des héros classiques. Ce sont des produits d'un imaginaire social saturé de virilité performative, de frustrations et de fantasmes de toute-puissance. L'humour vient de là, mais aussi une forme de malaise. Derrière le rire se dessine un portrait assez cruel d'une Europe périphérique, blanche et désorientée.

Dans cette perspective, Steffen Haars touche à une forme de splatstick contemporaine où le rire et la destruction avancent main dans la main. Il connaît la valeur comique du gore, la puissance cinétique de la bêtise assumée, la vitesse avec laquelle une farce peut se rapprocher d'un cauchemar carnavalesque. C'est un art difficile. Trop de films confondent l'irrévérence avec l'inertie. Haars, lui, maintient une vraie circulation d'énergie. Même lorsque tout semble stupide, la mise en scène sait exactement ce qu'elle fait.

Le contexte néerlandais compte également. Son cinéma capte une certaine culture de l'impolitesse, du défoulement, de la trivialité sans excuse, mais il la pousse jusqu'au point où elle devient presque anthropologique. Qu'est-ce qu'une société révèle d'elle-même lorsqu'elle se regarde à travers ses fantasmes les plus idiots? Que dit une bande de crétins surexcités sur l'état moral du monde qui les produit? Haars pose ces questions sans jamais ralentir le tempo pour les expliciter.

Dans les années 2010, alors que beaucoup de comédies se normalisaient sous l'effet des formats télévisuels et des algorithmes de goût, il a continué de défendre une crudité plus physique, plus risquée, parfois carrément répulsive. C'est aussi pour cela qu'il compte dans un paysage comme celui de CaSTV. Son œuvre rappelle que l'horreur et la comédie ont longtemps partagé une même vérité matérielle: le corps qui éclate, tombe, se dégrade, devient le lieu d'un plaisir de cinéma à la fois primaire et très construit.

Il faut aussi noter que chez Haars la violence n'est jamais entièrement gratuite, même lorsqu'elle se donne comme pur défoulement. Elle exprime un monde où la maturité a cédé la place à la répétition infantile des pulsions, où la communauté se fabrique par cri, consommation et destruction. Ce diagnostic ne passe pas par la gravité. Il passe par le vacarme. C'est une autre manière de faire de la critique, plus sale, plus bruyante, mais pas moins précise.

Steffen Haars occupe ainsi une place singulière: celle d'un cinéaste qui sait que le grotesque populaire peut contenir une vraie vision de l'époque. Il ne purifie rien, n'élève rien, ne demande aucune respectabilité. Il transforme la lourdeur même du monde en propulsion comique et parfois horrifique. Dans un paysage trop souvent obsédé par la distinction, ce refus de l'assainissement est en soi une vertu.

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