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Stacey Tenenbaum

Le documentaire contemporain, lorsqu'il s'approche de l'obsession, de la collection, de la mémoire matérielle ou des comportements qui semblent légèrement déborder la norme, peut frôler des zones très proches du fantastique. C'est à cet endroit que Stacey Tenenbaum devient intéressante pour CaSTV. Son regard paraît attiré par des gestes, des passions et des formes de fixation qui transforment le réel en théâtre discret de hantises modernes. Il n'est pas nécessaire d'y convoquer le surnaturel. Il suffit de regarder assez précisément la manière dont les êtres s'attachent aux objets, aux rituels, aux traces.

Cette précision est une vertu majeure. Tenenbaum ne semble pas traiter ses sujets comme des curiosités à consommer. Elle leur accorde le temps et l'épaisseur nécessaires pour que surgisse autre chose qu'une simple bizarrerie. Le cinéma documentaire, dans sa version la plus forte, sait rendre visible l'étrangeté du monde sans l'exploiter. Il montre que certaines pratiques ordinaires contiennent déjà une logique de répétition, de désir ou de peur qui touche à l'horreur douce. Tenenbaum paraît posséder cette intelligence du regard, capable d'être à la fois attentif, ironique par moments, mais jamais superficiel.

Dans les Années 2010 et les Années 2020, ce type de travail a pris une importance nouvelle. Nos sociétés vivent dans l'accumulation, l'archive permanente, la conservation anxieuse et la fabrication continue de soi à travers des objets et des signes. Le documentaire qui observe cela avec assez de finesse rejoint fatalement certaines questions du cinéma d'horreur: qu'est-ce qu'une obsession fait au temps? Comment une passion organise-t-elle l'espace? À quel moment un comportement rassurant devient-il légèrement spectral? Tenenbaum semble très sensible à cette frontière.

Il y a chez elle une manière utile de ralentir le jugement. Là où un regard plus expéditif réduirait vite une singularité à une étiquette, son cinéma paraît préférer la fréquentation. Or fréquenter assez longtemps un geste humain, c'est souvent découvrir qu'il est plus trouble qu'on ne l'imaginait. La collection protège autant qu'elle enferme. Le rituel console autant qu'il répète une faille. L'objet garde autant qu'il retient. De telles ambiguïtés font tout l'intérêt d'un documentaire qui s'approche des zones où le réel devient presque gothique sans cesser d'être parfaitement concret.

Cette approche donne à son oeuvre une valeur singulière dans une base consacrée à l'horreur. Elle rappelle que le genre n'est pas seulement affaire de fiction. Il est aussi une manière de voir. Un certain documentaire peut partager avec lui une fascination pour les comportements de seuil, pour les attachements inquiétants, pour les systèmes intimes qui organisent la vie comme un petit labyrinthe. Tenenbaum semble travailler précisément dans cette proximité.

On peut donc la lire comme une cinéaste du réel hanté par ses propres habitudes. Ses films ne cherchent pas à transformer artificiellement le monde en curiosité noire. Ils montrent plutôt que la noirceur, l'étrangeté ou la mélancolie étaient déjà là, inscrites dans la relation humaine aux choses, aux souvenirs, aux pratiques répétées. Pour CaSTV, Stacey Tenenbaum occupe cette place latérale mais essentielle: celle d'une réalisatrice qui élargit le territoire du fantastique en prouvant qu'il suffit parfois de regarder le quotidien avec assez de patience pour qu'il dévoile enfin sa part la plus bizarre, et parfois la plus inquiète.

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