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Sidharth Srinivasan - director portrait

Sidharth Srinivasan

Avec Kriya, Sidharth Srinivasan a donné au rituel funéraire indien une forme de cauchemar domestique, où la maison devient un piège de caste, de famille, de désir et de dette sacrée. C'est un film qui ne demande pas la permission d'être horrifique. Il l'est par sa matière même: le corps mort, la nuit, le rite, les vivants incapables de comprendre ce qu'ils viennent d'accepter.

Srinivasan occupe une place forte dans le cinéma indien contemporain parce qu'il ne traite pas le folklore comme un décor exotique. Il le filme comme une structure de pouvoir. Dans Kriya, le rituel n'est pas une curiosité culturelle offerte au spectateur. C'est une machine. Elle règle les positions, distribue les humiliations, organise la peur. Le héros ne pénètre pas seulement dans une maison étrange. Il entre dans un ordre qui existait avant lui et qui n'a nul besoin de son consentement.

Cette intelligence du rite rapproche Srinivasan du folk horror, mais un folk horror urbain, nocturne, chargé de tensions sociales indiennes. La peur ne vient pas d'une campagne ancestrale ou d'un village isolé, même si la logique du rite en porte la mémoire. Elle vient du fait qu'une cérémonie peut avaler le présent. Les gestes sont connus de certains, opaques pour d'autres. Celui qui ne possède pas le code devient vulnérable.

Le film appartient aux années 2020, période où l'horreur sud-asiatique a trouvé une visibilité nouvelle dans les circuits de festivals, notamment grâce à des oeuvres capables de lier violence rituelle et critique sociale. Srinivasan ne cherche pas une horreur propre. Il aime les textures troubles: sueur, lumière rouge, chambres encombrées, visages trop proches, corps qui ne peuvent plus être seulement des personnes parce que le rite les transforme en fonctions.

Ce qui fait la force de son cinéma, c'est son refus de séparer l'épouvante du politique. La caste, le patriarcat, la famille, le désir masculin, la transmission religieuse ne sont pas des thèmes ajoutés après coup. Ils sont les conduits par lesquels la peur circule. Le cinéma d'horreur devient alors un instrument de dévoilement. Il montre ce que les structures sociales préfèrent appeler tradition pour ne pas dire violence.

Srinivasan filme aussi la confusion comme une expérience physique. Le spectateur comprend en retard, comme le personnage. Les règles du rituel semblent se préciser au moment même où elles deviennent plus menaçantes. Cette dramaturgie de l'opacité est capitale. Elle évite le didactisme. Le film ne donne pas un cours sur une pratique funéraire. Il fait sentir ce que signifie être pris dans un rite dont les enjeux vous dépassent, mais dont les conséquences s'inscrivent directement sur votre corps.

Il y a dans Kriya une sensualité noire, presque suffocante. Les couleurs, les sons, les chants, les regards, les espaces fermés composent une expérience de transe contrariée. La mise en scène ne cherche pas seulement à effrayer. Elle veut contaminer. Elle fait du spectateur un invité mal informé, puis un témoin, puis presque un participant. C'est là que Srinivasan touche une vérité profonde du genre: la peur la plus durable est celle qui vous implique.

Dans CaSTV, Sidharth Srinivasan est donc un nom essentiel pour penser l'horreur rituelle contemporaine hors des réflexes occidentaux. Son cinéma rappelle que le rite n'est jamais seulement pittoresque. Il est une mémoire en action, une hiérarchie en mouvement, un théâtre où les vivants rejouent leur soumission devant les morts. Et lorsque ce théâtre se referme, il ne reste plus qu'une question: qui, exactement, est en train d'être sacrifié?

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