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Sherman Alexie - director portrait

Sherman Alexie

Avec Sherman Alexie, l'entrée CaSTV ne commence pas dans l'anonymat du genre, mais dans une oeuvre littéraire et cinématographique marquée par l'expérience autochtone, l'ironie, la colère et la survivance. Son unique crédit de réalisateur dans le catalogue d'horreur doit être lu à partir de cette tension: comment une voix déjà chargée d'histoire rencontre-t-elle les formes de la peur?

Alexie est une figure complexe, et une notice courte ne doit ni l'absoudre ni le réduire. Ce qui importe ici, pour CaSTV, c'est la manière dont son passage par le cinéma de genre peut résonner avec des thèmes qui traversent son travail: communautés blessées, récits transmis, humour comme arme, mémoire coloniale, violence intime. L'horreur devient alors moins un détour qu'une amplification.

Dans le cinéma autochtone, la hantise ne peut pas être traitée comme simple folklore. Elle engage des territoires, des langues, des familles, des archives de violence. Le surnaturel, quand il apparaît, n'est pas un décor exotique destiné à un regard extérieur. Il peut être une manière de dire que le passé n'est pas passé, que les morts ne sont pas des figures lointaines, que l'histoire officielle a laissé trop de cadavres sans récit.

Alexie comprend depuis longtemps la puissance des récits racontés à voix haute. Or l'horreur est aussi un art de la transmission orale. On y répète une interdiction, une rumeur, une histoire de famille, un avertissement que personne ne prend assez au sérieux. Ce qui revient n'est pas seulement un esprit. C'est une phrase. C'est une version du monde que les personnages ont essayé de tenir à distance.

Cette proximité rejoint le folk horror, mais à condition d'en déplacer le centre. Le folk horror ne doit pas être réservé aux villages européens et aux cultes païens imaginés pour effrayer le citadin. Il peut aussi désigner un cinéma où la communauté, le territoire et la mémoire collective fabriquent une pression insoutenable. Dans un contexte autochtone, cette pression n'est pas archaïque. Elle est historique.

Il faut aussi situer cette présence dans les années 2000 et leurs suites, période où les récits autochtones ont commencé à gagner une visibilité plus large dans les circuits indépendants, même si cette visibilité restait inégale et souvent filtrée par les attentes du marché. Le genre y offre une possibilité dangereuse mais féconde: reprendre des figures que le cinéma dominant a longtemps utilisées de façon caricaturale et leur rendre une profondeur politique.

L'intérêt d'Alexie pour CaSTV tient donc à cette friction. Son nom n'est pas celui d'un spécialiste de l'horreur au sens étroit. C'est précisément ce qui peut rendre son crédit significatif. Quand un écrivain et cinéaste associé aux fractures de l'Amérique autochtone touche au genre, la peur cesse d'être seulement un mécanisme. Elle devient une manière de rendre la honte collective impossible à refouler.

Sa présence appelle cependant une lecture lucide. On ne sépare pas l'oeuvre des débats qui l'entourent par simple confort critique. Mais l'entrée du catalogue peut tenir une ligne: regarder ce que le film apporte à l'histoire du genre, reconnaître les charges culturelles qu'il transporte, refuser la neutralisation. Sherman Alexie rappelle que l'horreur, quand elle touche aux récits autochtones, ne peut jamais être innocente. Elle parle de qui a le droit de raconter, de qui revient, et de ce qu'une communauté choisit ou refuse d'enterrer.

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