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Sam Orti Marti - director portrait

Sam Orti Marti

Avec Pos Eso, Sam Orti Marti a injecté dans le stop motion espagnol une énergie blasphématoire et grotesque dont le cinéma d'animation contemporain manque souvent. Le film part de l'exorcisme, du mélodrame domestique et de la culture populaire ibérique pour fabriquer une machine furieuse, impure, volontiers obscène, où chaque marionnette semble porter en elle un excès de matière et de mauvais esprit. Chez Orti Marti, l'animation n'adoucit rien. Elle rend le dérèglement plus tactile.

Cette tactilité est décisive. Le stop motion a toujours eu une affinité secrète avec le monstrueux, parce qu'il repose sur des corps fabriqués, manipulés image par image, jamais tout à fait vivants, jamais tout à fait morts. Orti Marti comprend parfaitement cette vérité matérielle. Dans Pos Eso, la pâte, le volume, la déformation, les textures artisanales ne servent pas seulement au style. Elles deviennent la matière même du comedy horror. Le gag et l'abjection travaillent ensemble.

Le cinéaste s'inscrit aussi très clairement dans une tradition espagnole d'irrévérence catholique, de grotesque populaire et d'amour des formes impurifiées. Son cinéma n'a aucune envie de séparer proprement le raffinement cinéphile du mauvais goût forain. Il veut tout : la satire religieuse, la convulsion familiale, l'éclat de variété, le démon qui débarque dans le salon. Cette logique du mélange est profondément espagnole au meilleur sens du terme. Elle sait qu'un imaginaire national se reconnaît aussi à ses outrances.

Il faut d'ailleurs parler du rythme. Orti Marti ne traite pas l'animation comme un espace de délicatesse contemplative. Il la propulse. Les scènes s'enchaînent avec une densité visuelle et sonore qui rappelle autant la bande dessinée satirique que le film d'exploitation. Ce mouvement constant empêche le film de s'installer dans la simple parodie. Pos Eso avance comme s'il croyait réellement à son délire, et cette croyance est contagieuse. Le spectateur ne regarde pas une démonstration d'esprit. Il se retrouve embarqué dans une logique d'excès.

Dans une perspective CaSTV, Orti Marti compte parce qu'il rappelle que le animation d'horreur peut être profondément physique. Les images de synthèse lisses ont souvent fait oublier combien la manipulation concrète d'une marionnette, d'un décor miniature, d'une matière modelée pouvait produire de malaise et de plaisir. Le stop motion garde une étrangeté native. Orti Marti l'exacerbe au lieu de la corriger. Il accepte le tremblement, l'artifice visible, la brutalité du geste artisanal.

Au sein des années 2010, cette position est particulièrement précieuse. Elle refuse le consensus esthétique de l'animation respectable et revient à une idée plus carnavalesque, plus méchante, plus sale du genre. Le rire y a des dents. Le sacré y est traité comme machine de théâtre et de domination. Le foyer y devient une scène d'invasion démoniaque où l'on peut encore sentir l'héritage de l'exorcisme, du pulp et de la télévision populaire.

Sam Orti Marti est donc moins un simple animateur de niche qu'un véritable passeur entre traditions. Il relie l'horreur, la satire, le blasphème, le bricolage plastique et le sens du spectacle populaire. Son cinéma sait qu'une marionnette peut être plus obscène qu'un acteur, plus triste aussi, parce qu'elle porte dans son corps même la trace du geste qui l'anime. C'est cette intelligence de la matière qui rend son travail si vivace.

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