Ronny Trocker
Avec Ronny Trocker, tout commence dans une montagne italienne qui n'a rien de pittoresque. La verticalité, le froid, l'éloignement et la violence des rapports de voisinage y produisent un monde fermé, presque minéral, où chaque geste semble résonner trop longtemps. Cette capacité à faire de l'espace une force morale est immédiatement remarquable. Trocker ne filme pas le décor comme une belle enveloppe. Il en fait un régime de pression. C'est pourquoi son cinéma touche si naturellement au trouble et à l'angoisse.
Ancré du côté de l'Italie et d'une veine européenne des années 2010, son travail s'intéresse à des communautés restreintes, à des individus pris dans des structures tacites, à des paysages qui conservent tout. Dans un tel monde, l'horreur n'a pas besoin de manifestation spectaculaire. Elle est déjà là, dans l'isolement, dans la surveillance mutuelle, dans la certitude qu'aucun acte ne disparaît vraiment. Trocker filme cette persistance avec une sécheresse impressionnante.
Le rapport au collectif est central. La communauté n'est jamais simplement solidaire. Elle distribue les rôles, les soupçons, les silences. Elle absorbe l'individu ou l'écrase. Le spectateur comprend vite que la violence peut naître d'une règle informelle, d'une honte partagée, d'une rancune qui n'a jamais trouvé de sortie. Cette matière rapproche Trocker de certaines formes du folk horror sans qu'il ait besoin d'en adopter les signes les plus évidents. Ce qui compte, c'est le pacte implicite entre un lieu et ceux qui l'habitent.
Formellement, Trocker excelle lorsqu'il laisse la scène respirer jusqu'à l'inconfort. Peu de gestes, peu de mots, mais une tension qui monte parce que l'espace lui-même semble contenir une menace. La montagne, le village, l'intérieur domestique deviennent des pièges de perception. Le personnage ne sait jamais exactement ce qu'il affronte, seulement que quelque chose le dépasse, et que ce quelque chose a la forme d'un ordre déjà ancien. Cette sensation donne à ses films une rémanence rare.
Dans CaSTV, ses quatre crédits marquent donc la présence d'un cinéaste qui comprend l'angoisse comme affaire de lieu, de communauté et de mémoire retenue. Ronny Trocker ne cherche ni l'esbroufe ni le prestige décoratif. Il travaille plus durement, plus sobrement, jusqu'au point où un territoire réel devient presque un organisme hostile. C'est là que son cinéma frappe. Il rappelle que le paysage n'est pas innocent, que la communauté non plus, et qu'entre les deux se loge souvent une peur plus ancienne et plus tenace que toutes les apparitions spectaculaires.
