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Roja Pakari

Dans un cinéma diasporique contemporain marqué par les frontières, Roja Pakari aborde l'image comme un lieu de tension entre l'identité visible et ce qui reste intraduisible. Son travail semble appartenir à ces formes brèves où un geste, une langue, un visage ou un espace domestique portent une charge politique avant même que le récit ne se déclare. L'étrange n'y arrive pas forcément comme un événement. Il naît du sentiment d'être regardé à travers une grille déjà construite.

Cette position donne à ses deux crédits une résonance particulière dans un catalogue d'horreur. La peur, chez Pakari, peut être comprise comme une expérience de seuil: seuil entre pays, entre générations, entre mémoire familiale et présent urbain, entre ce que l'on montre de soi et ce que l'on protège. Ce n'est pas l'horreur du surgissement brutal, mais celle d'une identité constamment sommée de se justifier.

On peut rattacher cette sensibilité au cinéma iranien et à ses prolongements diasporiques, non parce qu'il faudrait réduire Pakari à une origine, mais parce que cette histoire du regard, de la pudeur, du contrôle et de la circulation des corps y possède une profondeur singulière. Le fantastique y devient souvent une manière de dire ce qui ne peut pas être dit frontalement. Une image se voile, une parole se déplace, une menace prend la forme d'une règle sociale.

Dans cette perspective, son travail dialogue avec le cinéma d'horreur le plus intéressant: celui qui comprend que la monstruosité est parfois institutionnelle, linguistique ou familiale. Un personnage peut être enfermé sans barreaux. Il peut être poursuivi par une attente, par une tradition mal comprise, par une projection extérieure. La caméra n'a pas besoin de fabriquer un monstre si le monde a déjà organisé une forme de chasse.

La mise en scène de Pakari semble attentive aux petits écarts de comportement. Une réponse trop prudente. Un silence qui protège autant qu'il accuse. Un déplacement dans un espace public où le corps doit mesurer sa visibilité. Ces détails ne relèvent pas seulement du réalisme social. Ils forment une grammaire du malaise. Le spectateur sent que chaque geste a un coût, que l'identité n'est jamais seulement une donnée intime, mais une négociation permanente.

Les années 2020 ont vu le court métrage devenir un terrain majeur pour ce type d'exploration. Des cinéastes venus de cultures multiples y travaillent la peur comme une pression diffuse, souvent liée aux questions de genre, de migration, de langue et de mémoire. Pakari appartient à ce paysage sans se dissoudre dans une catégorie. Ce qui compte est la précision de son regard: la façon dont elle laisse une situation ordinaire révéler ses couches d'inquiétude.

Son cinéma rappelle aussi que le surnaturel n'est pas toujours nécessaire pour produire une sensation de hantise. Les absents, les ancêtres, les pays quittés, les noms mal prononcés peuvent hanter une image avec autant de force qu'un spectre. La mémoire agit dans les corps. Elle modifie la posture, le ton, le rapport à la chambre, au miroir, à la rue. Pakari filme ou suggère cette présence des histoires non résolues dans le présent.

Pour CaSTV, Roja Pakari ouvre une porte vers une horreur de l'appartenance incertaine. Son travail invite à regarder les marges du genre, là où le malaise ne porte pas encore de masque mais impose déjà sa loi. La peur y est moins un accident qu'un climat, une façon d'habiter le monde avec la conscience que quelque chose vous précède, vous nomme, vous attend. C'est une horreur fine, politique, intérieure, qui comprend que certains couloirs sont faits de mémoire plutôt que de murs.

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