Rob Schmidt
Il faut commencer Rob Schmidt par Wrong Turn, film de traque forestière du début des années 2000 qui dit d'emblée sa position dans le cinéma de genre américain: une efficacité sans fioriture, un sens du terrain, et une compréhension très nette de ce qu'un espace hostile fait au corps. Schmidt n'est pas un styliste voyant. Il appartient à une tradition plus directe, plus musculaire, où la mise en scène vaut par sa capacité à tenir un axe, une menace, un rythme de survie. Ce n'est pas un petit art. C'est même une discipline souvent sous-estimée.
Avant cela, Crime + Punishment in Suburbia montrait déjà une autre facette de son travail. Le film tentait de déplacer Dostoïevski dans un paysage adolescent américain saturé de désir, de violence et d'ennui suburbain. Même si le geste restait inégal, on y voyait déjà un intérêt pour les mondes où la normalité sociale recouvre à peine une brutalité plus ancienne. Wrong Turn radicalisera cette intuition en la ramenant à une forme beaucoup plus franche. La forêt y devient un système de sélection, un espace où le confort moderne cesse immédiatement de protéger qui que ce soit.
Schmidt appartient fortement aux Années 2000 du cinéma d'horreur américain, moment où le genre a retrouvé une physicalité agressive après les années plus ironiques du post-Scream. Son cinéma n'est pas conceptuel. Il travaille la chasse, le piège, l'usure, la panique. C'est précisément ce qui lui donne sa place. Là où d'autres cherchaient à commenter l'horreur, Schmidt la remettait en circulation comme expérience spatiale et corporelle. Dans Wrong Turn, chaque déplacement compte, chaque route s'avère trompeuse, chaque décision est immédiatement requalifiée par la violence du territoire.
Il y a dans ce film, et plus largement dans son rapport au genre, une compréhension très simple et très juste de la topographie horrifique. L'espace n'est pas neutre, il juge. La forêt, le relief, les chemins perdus, les zones sans secours visible organisent une hiérarchie brutale entre ceux qui savent s'orienter et ceux qui croient encore que la civilisation les suit partout. Ce motif fait naturellement écho à toute une histoire du survival rural américain. Schmidt ne la réinvente pas de fond en comble, mais il la sert avec une franchise qui explique la durabilité populaire du film.
Ce qui peut sembler plus limité, du point de vue d'un cinéma d'auteur, devient au fond sa cohérence propre. Schmidt n'essaie pas de transformer chaque plan en déclaration. Il cherche la lisibilité de l'action, la tension du mouvement, la montée du danger. Cette économie n'empêche pas une certaine cruauté du regard. Les personnages sont souvent ramenés à leur vulnérabilité la plus nue. Une voiture, une route, un groupe d'amis, un week-end ordinaire suffisent pour faire croire à une maîtrise. Le film n'a alors qu'à retirer quelques garanties pour que tout s'écroule.
Pour CaSTV, Schmidt rappelle une vérité indispensable du genre: l'horreur est aussi une affaire de géographie. Elle prend forme quand un territoire impose sa loi à ceux qui s'y aventurent avec les mauvais réflexes. Dans Wrong Turn, cette loi est grotesque, sanglante, outrancière par moments, mais elle touche malgré tout à quelque chose de plus archaïque: la peur de ne plus savoir où l'on est, ni selon quelles règles survivre. Le film parle exactement cette langue du désorientement.
Rob Schmidt ne sera sans doute jamais le cinéaste le plus célébré pour la subtilité de son symbolisme. Ce n'est pas là que réside son intérêt. Son importance tient plutôt à une certaine probité générique. Il sait ce qu'un film de traque doit faire, et il le fait avec suffisamment de fermeté pour marquer durablement l'imaginaire du survival contemporain. Dans un paysage de genre souvent tiraillé entre cynisme et surcommentaire, cette franchise a du prix.
Schmidt demeure ainsi un artisan solide de l'horreur américaine, un réalisateur qui comprend qu'un film peut durer non parce qu'il explique tout, mais parce qu'il sait exactement où placer le spectateur: dehors, perdu, exposé, déjà trop loin pour revenir en arrière. Ce placement, une fois réussi, suffit à créer la mémoire d'une peur.
