https://cabaneasang.tv/fr/director/rikke-gregersen/
Rikke Gregersen - director portrait

Rikke Gregersen

Rikke Gregersen s'inscrit dans un cinéma scandinave qui a compris qu'une gêne sociale bien observée peut produire un malaise plus durable qu'un grand énoncé dramatique. Son point de départ, ce sont souvent les codes du comportement, les attentes implicites, les humiliations minuscules et les déséquilibres que chacun fait semblant de ne pas voir. Ce matériau pourrait rester du côté de la comédie noire ou de la chronique acide. Chez Gregersen, il glisse volontiers vers quelque chose de plus inquiétant, parce qu'elle sait combien la politesse nordique, lorsqu'elle se rigidifie, peut devenir une machine à exclusion.

Ancrée du côté de la Norvège et d'une sensibilité très nette des années 2020, Gregersen travaille des zones que le cinéma de genre explore encore trop peu : le dîner, le couloir, la réunion, le moment où l'on comprend qu'on n'est pas au bon endroit mais qu'il est déjà trop tard pour partir proprement. Cette intelligence du petit désastre relationnel l'approche naturellement d'une forme d'horreur sociale. L'angoisse, chez elle, n'a pas besoin de monstre. Il lui suffit d'un groupe, d'une norme, d'un regard collectif qui vous remet à votre place.

Ce qui rend son travail si vif, c'est le refus de l'épaisseur démonstrative. Gregersen n'explique pas longuement le malaise, elle le met en circulation. Une scène avance avec légèreté, parfois même avec drôlerie, puis le rire se serre. On mesure soudain tout ce qu'une interaction portait de violence cachée. Cette capacité à déplacer très vite la tonalité est un véritable talent de mise en scène. Elle suppose une grande précision dans l'écriture, mais aussi dans le jeu et dans le montage.

Le rapport au corps est central. Chez Gregersen, les corps sont souvent trop visibles, trop jugés, trop assignés à une fonction sociale. Ce n'est pas un simple thème. C'est une structure de perception. Le cadre, les positions dans l'espace, les regards échangés font sentir comment l'ordre social se matérialise. Dès lors, la moindre résistance, la moindre maladresse, la moindre insubordination prend une charge presque explosive. Le film cesse d'être une observation amusée pour devenir une étude du contrôle.

Dans CaSTV, ses quatre crédits rappellent utilement qu'une politique du genre passe aussi par l'extension de ses frontières. Rikke Gregersen ne fabrique pas l'effroi spectaculaire. Elle excelle dans un territoire plus insidieux, celui où la civilité se révèle sadique, où la norme produit du grotesque, où le collectif s'organise comme une scène de pression continue. C'est un cinéma très contemporain, attentif aux codes sociaux, aux humiliations incorporées et à la mince cloison qui sépare l'embarras du cauchemar. Peu d'œuvres savent aussi bien montrer à quel point la vie commune peut devenir, sans bruit, un dispositif d'angoisse.

Suggérer une modification