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Richard Elfman - director portrait

Richard Elfman

Chez Richard Elfman, tout commence avec la frénésie cabaret de Forbidden Zone, objet mutant sorti du Los Angeles underground et l'une des grandes preuves que le bizarre ne vaut que lorsqu'il possède sa propre logique de scène. Elfman ne vient pas du cinéma policé. Il vient de la performance, du chaos organisé, du goût de l'artifice poussé jusqu'à la transe. Dans son travail, les États-Unis ne sont pas un arrière-plan stable mais un terrain de collision entre cartoon, music-hall, grotesque sexuel et pulsion macabre. Ce mélange pourrait n'être qu'une posture culte. Chez lui, il devient un système cohérent, une manière de remettre du risque dans l'image.

Ce qui fait la singularité d'Elfman, c'est qu'il ne sépare jamais vraiment la fête et la menace. L'univers semble d'abord carnavalesque, excessif, même joyeusement idiot. Puis l'on comprend que ce carnaval est un laboratoire de désordre, où les hiérarchies du bon goût, du récit classique et du corps normal sont méthodiquement sabotées. Cela le rapproche de l'horreur non par pure noirceur, mais par sa confiance dans le pouvoir du dérèglement. Le spectateur n'est pas effrayé au sens le plus simple. Il est déplacé, surexcité, parfois agressé par une imagination qui refuse les clôtures rassurantes.

Elfman appartient à une lignée très américaine et très marginale à la fois, celle qui relie l'underground, le théâtre musical, la culture freak et un certain cinéma de minuit. Les années 1980 sont ici décisives, parce qu'elles ont permis à quelques œuvres de sortir du strict partage entre film de genre, performance et happening filmé. Richard Elfman a compris que le décor peint, le numéro outrancier, le corps grimé et la discontinuité narrative pouvaient produire une expérience plus troublante que beaucoup de récits prétendument transgressifs. Son esthétique ne cherche pas la crédibilité. Elle cherche l'inconfort jubilatoire.

On peut aussi dire qu'il travaille la question du goût avec une méchanceté salutaire. Tout ce qui est censé rester en marge ou passer pour vulgaire devient chez lui matériau noble. Le mauvais goût est retourné en arme formelle. C'est une stratégie à double tranchant, bien sûr. Elle peut vite sombrer dans la simple accumulation. Mais lorsque cela fonctionne, comme dans ses meilleurs moments, elle révèle quelque chose de précieux sur le cinéma de genre : son pouvoir de libérer des formes que le centre culturel maintient d'ordinaire sous contrôle. Elfman ne demande pas la permission. Il envahit.

Ses films gardent ainsi une qualité d'événement. On ne les regarde pas seulement pour leurs idées ou leurs intrigues, mais pour la sensation de traverser un univers qui impose ses propres règles d'un bout à l'autre. Cela suppose un sens aigu de la cohérence interne. Même le chaos doit être orchestré. Richard Elfman sait cela. Derrière le bazar apparent, il y a une rigueur de showman, une science du rythme, de l'entrée en scène et de la saturation.

Dans CaSTV, ses quatre crédits rappellent qu'une histoire de l'horreur digne de ce nom doit faire de la place aux cinéastes qui contaminent le genre par le cabaret, la parodie obscène et l'art-performance. Richard Elfman n'est pas seulement un nom culte pour initiés. Il est l'exemple éclatant d'un cinéma qui comprend que l'étrange n'est jamais plus fort que lorsqu'il se met à chanter, à grimacer et à vous fixer droit dans les yeux sans chercher une seconde à se rendre respectable. Cette absence totale de respectabilité est précisément sa valeur.

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