Rich Peppiatt
Pour Rich Peppiatt, il faut partir d'une énergie de contre-culture britannique et irlandaise, une énergie de pamphlet, de performance et de débordement verbal qui fait tout de suite sentir que le récit n'obéira pas sagement aux attentes de prestige. Ce qui intéresse chez lui, ce n'est pas seulement la provocation, mais la manière dont elle révèle un fond de colère sociale. Peppiatt vient d'un territoire où l'identité collective, la langue et le conflit symbolique restent des matières brûlantes, qu'il travaille avec un sens très vif de la circulation entre satire et tension. Son cinéma sait que la rage peut être drôle, mais aussi que le rire a souvent une lame.
Cette qualité lui permet de côtoyer le genre sans se laisser enfermer par lui. Chez Peppiatt, le trouble vient souvent d'un excès de présence : trop de voix, trop de friction, trop de désir de riposter. C'est une forme de cinéma qui fait sentir l'électricité du collectif, sa beauté comme sa violence potentielle. Dans cet espace, l'horreur n'a pas besoin d'être littérale pour exister. Elle peut surgir du rapport de force, de la pression identitaire, de la mise en spectacle des corps et des discours. Le monde social, saturé de représentations et d'affrontements, devient déjà un lieu de menace.
On retrouve là quelque chose de très spécifique aux années 2020, lorsque plusieurs films venus du Royaume-Uni ou de l'Irlande ont cessé de séparer nettement la chronique, la satire et la charge plus sombre. Peppiatt appartient à cette zone nerveuse où le cinéma populaire retrouve du mordant. Il n'avance pas par lourde démonstration, mais par heurts, par accélérations, par collisions de registres. Cette mobilité fait sa singularité. Un film peut sembler partir dans la comédie abrasive, puis révéler peu à peu un fond d'angoisse politique très réel.
Il faut aussi noter son sens du rythme. Peppiatt comprend que la vitesse n'est pas qu'une question de montage. C'est un rapport à la parole, au groupe, à la réplique qui blesse ou expose. Cette vitesse donne à ses films une nervosité précieuse. Elle empêche la matière sociale de se figer en dissertation. Tout reste incarné, conflictuel, physique. C'est particulièrement important dans un paysage audiovisuel où tant d'œuvres qui prétendent parler du présent finissent par le neutraliser. Peppiatt, lui, garde le désordre vivant.
Dans un catalogue comme CaSTV, ses quatre crédits valent alors pour cette capacité à ouvrir le genre vers des formes plus indisciplinées. Rich Peppiatt n'est pas un styliste de la peur pure, ni un formaliste du malaise pour happy few. Il travaille plutôt dans une tradition où l'attaque satirique, l'identité collective et la possibilité de la violence se répondent sans cesse. Le résultat n'est jamais lisse. C'est tant mieux. On en sort avec la sensation d'avoir traversé un cinéma qui prend au sérieux les mots, les appartenances et la manière dont le spectacle peut à la fois libérer et brutaliser. Chez lui, la scène n'est jamais loin de l'arène, et c'est souvent là que commence le vrai danger.
