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Riccardo Fusetti - director portrait

Riccardo Fusetti

Le crédit britannique de Riccardo Fusetti dans CaSTV possède une tension immédiate entre nom italien et contexte du Royaume-Uni, et cette tension est déjà une matière de cinéma. Fusetti n'arrive pas comme un simple représentant national. Il porte l'idée d'un regard déplacé, d'une sensibilité européenne travaillant dans un espace britannique, là où le genre sait transformer les questions d'appartenance en malaise concret. L'horreur commence souvent par ce décalage: être là, mais pas tout à fait à sa place.

Cette position convient particulièrement au cinéma britannique, dont la tradition horrifique a toujours aimé les intrus, les invités, les étrangers, les héritiers inattendus, les nouveaux venus qui découvrent que le décor connaissait déjà leur rôle. Fusetti, par son nom et son crédit, s'inscrit dans cette dynamique du seuil. Le spectateur peut y attendre une peur liée aux règles invisibles d'un lieu, aux codes sociaux, aux paysages qui paraissent ouverts mais fonctionnent comme des pièges.

Le cinéma d'horreur britannique n'a pas besoin de crier pour devenir cruel. Il sait faire du silence une institution. Il sait utiliser la maison, l'école, le village, la route secondaire, le champ, le pub ou le bureau comme des lieux où se transmet une violence antérieure. Dans ce cadre, un cinéaste au nom italien peut accentuer encore la sensation d'étrangeté: le regard regarde le Royaume-Uni de biais, et ce biais peut révéler ce que l'habitude rend invisible.

Fusetti évoque aussi une tradition graphique européenne, une attention possible à la matière de l'image, au dessin des espaces, à la composition. Son entrée CaSTV, même unique, peut se lire dans cette direction: une horreur qui organise le cadre comme un dispositif de suspicion. Un mur, une ligne d'horizon, une fenêtre, un visage placé légèrement trop loin du centre peuvent suffire à rendre le monde hostile. Le fantastique naît souvent de ces dérèglements minuscules de la place.

Les années 2010 et les années 2020 ont beaucoup réactivé cette horreur britannique de l'espace et de l'identité. Les récits de migration, de précarité, d'isolement rural, de logement impossible, de mémoire nationale fissurée ont renouvelé des motifs anciens. Le spectre n'est plus seulement médiéval ou victorien. Il peut être administratif, immobilier, social. Il peut habiter un bail, un contrat, une frontière, un accent entendu comme une faute.

Dans cette cartographie, Riccardo Fusetti représente une figure de croisement. Il ne faut pas le réduire à une biographie supposée, mais reconnaître l'intérêt de ce croisement dans le genre. L'horreur aime les identités composites parce qu'elles fragilisent les certitudes. Qui appartient au lieu? Qui connaît les règles? Qui a le droit d'entrer? Qui sera sacrifié pour que l'ordre local se maintienne? Ces questions sont au coeur du folk horror, mais elles traversent aussi l'horreur urbaine et psychologique.

Le crédit unique de Fusetti impose une lecture par signes. On cherche une méthode, une température, une manière d'organiser l'inconfort. Le nombre de films importe moins que la précision de la peur. Un seul film peut suffire à montrer comment un cinéaste traite la distance entre un personnage et son environnement. Dans l'horreur, cette distance est souvent fatale. Le décor ne se contente pas d'entourer le personnage. Il le juge.

Pour Cabane à Sang, Fusetti ajoute une nuance utile au répertoire britannique. Il rappelle que ce territoire n'est pas homogène, qu'il se nourrit de regards venus d'ailleurs, de noms qui transportent d'autres histoires, d'autres rythmes, d'autres rapports au cadre. Sa place est modeste, mais elle ouvre une perspective nette: l'horreur comme expérience de déplacement. On arrive quelque part, on croit pouvoir observer, puis l'endroit commence à observer en retour.

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