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Rebecca Landsberry-Baker

Avec son travail lié aux communautés autochtones et à la souveraineté des images, Rebecca Landsberry-Baker appartient à un cinéma où la mémoire n'est jamais une simple archive, mais un territoire disputé. Cette position donne à son entrée dans CaSTV une résonance particulière. L'horreur, au sens profond, commence souvent quand un territoire se souvient contre ceux qui croyaient l'avoir possédé.

Landsberry-Baker est associée à un cinéma documentaire attentif aux peuples autochtones, à la transmission et aux droits de regard. Même lorsqu'il ne s'agit pas d'horreur de genre, cette pratique touche à une question centrale du fantastique contemporain: qui a le droit de raconter les morts, les terres, les violences et les survivances? Le cinéma d'effroi colonial a longtemps utilisé les cultures autochtones comme décor ou menace. Un cinéma de souveraineté inverse ce geste. Il rend la peur à ceux qui l'ont produite historiquement.

Dans le cinéma documentaire, la hantise n'a pas besoin d'apparition. Elle peut se manifester dans un lieu filmé avec attention, dans une photographie retrouvée, dans une voix qui reprend possession d'un récit, dans le refus de laisser l'histoire officielle classer les peuples comme passé. Landsberry-Baker s'inscrit dans cette logique de restitution. Le film ne vient pas capturer. Il vient rendre audible une présence.

Le contexte des États-Unis est ici déterminant. Les violences coloniales, les déplacements forcés, les pensionnats, les effacements juridiques et culturels ont produit une histoire saturée de fantômes politiques. Le cinéma autochtone contemporain travaille souvent contre cette spectralisation imposée. Il ne veut pas que les peuples autochtones soient filmés comme des traces. Il affirme des voix présentes, des corps actuels, des récits qui contestent la disparition.

Cette contestation rejoint le genre horrifique par un chemin exigeant. L'horreur a fréquemment transformé les terres volées en lieux maudits sans interroger la structure même du vol. Un cinéma comme celui de Landsberry-Baker invite à déplacer la question. Le problème n'est pas que la terre soit hantée de manière abstraite. Le problème est qu'elle a été prise, nommée, exploitée, racontée par d'autres. La hantise devient alors une mémoire politique qui refuse le décor.

Les années 2010 et années 2020 ont donné une visibilité nouvelle aux cinéastes autochtones dans les festivals, les institutions et les plateformes. Cette visibilité ne vaut que si elle s'accompagne d'une transformation du regard. Landsberry-Baker participe à cette transformation en rappelant que l'image n'est pas neutre. Filmer une communauté, une terre, une histoire de survivance engage une responsabilité. Le cinéma de genre, s'il veut cesser de piller ses propres fantômes, doit entendre cette leçon.

Dans CaSTV, son nom ouvre donc une entrée vers une autre conception de l'effroi. Non pas la peur exotisée de l'autre, mais la peur structurale produite par la dépossession. Non pas le mythe utilisé comme accessoire, mais le récit repris par celles et ceux qui en portent la continuité. Cette différence est majeure. Elle sépare le folklore consommé du cinéma qui pense vraiment les puissances du lieu.

Rebecca Landsberry-Baker rappelle que la hantise peut être une affaire de justice. Les morts ne reviennent pas seulement pour effrayer. Ils reviennent parce qu'un récit a été confisqué. Les vivants, eux, ne sont pas là pour illustrer une culpabilité extérieure. Ils parlent, organisent, montent, transmettent. C'est là que son travail touche à la zone la plus sérieuse du fantastique: l'endroit où l'image cesse d'être spectacle et devient restitution d'une présence que l'histoire dominante voulait rendre invisible.

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