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Peter Brosens - director portrait

Peter Brosens

Khadak et Altiplano montrent immédiatement ce qui fait la singularité de Peter Brosens : un cinéma où le paysage n'est jamais un simple horizon spectaculaire, mais une force spirituelle, politique et sensorielle qui travaille les corps jusqu'à l'hallucination. Cinéaste belge, souvent associé à Jessica Woodworth, Brosens filme le monde avec une intensité presque chamanique. Qu'il soit au Belgique de l'après-catastrophe intime ou dans des territoires plus lointains, il cherche les points où la modernité technique heurte de plein fouet des cosmologies anciennes, des communautés menacées, des imaginaires de fin du monde.

Cette tension entre archaïque et contemporain constitue le cœur de son œuvre. Beaucoup de films sur les territoires extra-occidentaux tombent soit dans le reportage ethnographique, soit dans la stylisation abstraite. Brosens évite le plus souvent ces deux pièges en traitant les lieux comme des régimes complets d'expérience. Le vent, la poussière, l'altitude, la lumière, la matière sonore deviennent des agents dramatiques à part entière. L'espace n'illustre pas le récit. Il le gouverne. C'est pourquoi ses films produisent souvent un sentiment d'immersion étrange, comme si l'on pénétrait moins dans une intrigue que dans un climat métaphysique.

Le rapport aux croyances y est tout aussi essentiel. Brosens ne filme pas les traditions comme ornements culturels destinés à enrichir une image de festival. Il s'intéresse à la manière dont les systèmes symboliques continuent à organiser la perception du malheur, de la maladie, du désastre écologique ou historique. Cette approche le rapproche fortement du folk horror au sens large, celui où le surnaturel importe parfois moins que l'épaisseur rituelle d'un lieu et la survivance de ses pactes invisibles.

Dans les années 2000 et années 2010, une telle œuvre a occupé une place précieuse. Alors que bien des cinémas d'auteur se repliaient sur le dialogue psychologique ou la neutralité visuelle, Brosens misait sur la puissance du monde physique. Ses images ne sont pas simplement belles. Elles sont chargées, inquiètes, travaillées par l'idée qu'un paysage peut garder la trace d'un déséquilibre cosmique ou politique. On sent chez lui une conscience aiguë des dérèglements provoqués par le progrès lorsqu'il arrive comme intrusion violente.

Sa présence dans de grands espaces internationaux comme Venise n'a rien d'étonnant. Brosens apporte un cinéma ambitieux, transnational dans sa fabrication mais très concret dans son rapport aux milieux filmés. Ce n'est pas un cosmopolitisme lisse. C'est une circulation attentive aux fractures du monde, à la coexistence souvent tendue entre les mythes anciens et les catastrophes modernes.

Pour CaSTV, il compte parce qu'il travaille un versant du fantastique et de l'horreur qui passe par la contamination lente des éléments. Chez lui, le trouble vient d'une terre qui ne répond plus, d'une communauté qui ne sait plus quel rite accomplir, d'une verticalité montagneuse qui écrase les certitudes humaines. Il rappelle que le genre peut être tellurique, rituel, atmosphérique avant d'être spectaculaire. Cette vérité-là est fondamentale.

Il faut aussi souligner son goût des figures prises entre plusieurs ordres du monde. Les personnages de Brosens ne sont pas de simples témoins. Ils vivent à l'intersection du politique, du spirituel et du sensoriel. Leur crise est toujours plus large qu'eux, ce qui donne à ses films une ampleur singulière sans les vider de chair.

Peter Brosens demeure ainsi un cinéaste du paysage habité, de la communauté exposée aux secousses de l'histoire et des croyances qui résistent en se transformant. Son cinéma sait que certaines montagnes, certaines plaines, certains vents regardent encore les hommes comme des intrus. Peu d'œuvres récentes ont su donner à cette intuition une forme aussi dense.

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