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Petar Pašić

Avec des titres comme The Rift ou A Serbian Documentary, Petar Pašić travaille un versant du cinéma serbe contemporain où la science-fiction, le survival et l'horreur se nourrissent d'un même climat de ruine nerveuse. Son rapport au genre n'a rien de timide. Il aime les dispositifs francs, les espaces hostiles, les situations où une petite équipe doit affronter une menace qui déborde rapidement l'entendement. Mais cette efficacité n'efface pas l'origine géographique de son imaginaire. Pašić vient de Serbie, et cela compte dans sa manière d'aborder les paysages, les institutions et le sentiment de fragilité collective.

Le cinéma de genre des Balkans a souvent dû composer avec des moyens réduits et une circulation internationale limitée. Plutôt que de subir cette contrainte comme simple manque, Pašić en tire une forme de concentration. Ses films vont au noyau de la situation : un lieu coupé du monde, une mission qui tourne mal, un groupe qui se désagrège sous pression. Cette économie peut rappeler certaines traditions du science-fiction horror, mais elle prend chez lui une coloration plus rugueuse, liée à des espaces post-conflit, à des territoires où la modernité ne s'est jamais présentée comme promesse sereine.

Cette rugosité est l'une de ses vraies forces. Pašić ne cherche pas l'élégance cosmétique. Il préfère des cadres tendus, des atmosphères pesantes, un rapport presque minéral aux décors. Les lieux qu'il filme semblent toujours garder des couches de secret, de violence ancienne, de mémoire mal traitée. Même lorsque le récit s'oriente vers le fantastique ou l'expérimentation militaire, on sent derrière la fiction un monde où la confiance dans les structures officielles reste fragile. C'est une tonalité très particulière, rarement visible dans les productions plus standardisées.

Dans les années 2010, son travail a ainsi représenté une voie intéressante pour penser le genre venu d'Europe du Sud-Est. Il ne s'agit pas simplement d'imiter des modèles anglo-saxons avec un accent local. Pašić cherche plutôt à brancher ces modèles sur une expérience régionale du désordre, de la périphérie et de l'incertitude. Le résultat peut être inégal, mais il possède une identité franche. Et cette franchise vaut beaucoup dans un paysage saturé de copies proprettes.

Pour CaSTV, il est pertinent parce qu'il rappelle que l'horreur n'est pas seulement affaire de créatures ou d'effets, mais de structures de méfiance. Qui commande vraiment ? Que cache une base, une expédition, une frontière ? À quel moment le protocole rationnel commence-t-il à se fissurer ? Pašić travaille précisément ces moments où le cadre scientifique ou militaire cesse de tenir, laissant remonter des forces qu'on croyait contenues. Cela le rapproche d'une tradition de thriller paranoïaque nourrie par l'espace balkanique.

Sa direction des groupes participe aussi de cette logique. Il s'intéresse aux hiérarchies, aux ordres, aux erreurs, aux fractures qui apparaissent quand la situation sort des scénarios prévus. Là encore, le monstre importe parfois moins que la vitesse avec laquelle l'organisation humaine révèle sa faiblesse.

Il faut enfin noter que Pašić appartient à ces cinéastes pour qui le genre reste un outil de visibilité culturelle. Dans des contextes de production fragiles, faire de l'horreur ou de la science-fiction n'est pas seulement chercher un public. C'est aussi affirmer qu'un imaginaire local peut investir des formes longtemps dominées par d'autres industries.

Petar Pašić filme ainsi les zones de faille, les équipes mal préparées, les territoires où la raison technique perd vite ses garanties. Son cinéma connaît la peur du sas qui ne s'ouvre pas, du signal brouillé, du paysage qui garde trop de couches mortes sous sa surface. Dans cette tension entre dispositif et ruine, il trouve sa note propre.

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