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Paul Mazursky - director portrait

Paul Mazursky

Avec An Unmarried Woman et Bob & Carol & Ted & Alice, Paul Mazursky a filmé les États-Unis libéraux, urbains, cultivés, persuadés de vivre enfin dans une modernité affective débarrassée des vieux mensonges, alors même qu'ils inventaient simplement de nouvelles manières élégantes de se tromper eux-mêmes. Peu de cinéastes américains ont aussi bien capté ce moment où la parole sur la liberté sexuelle, l'authenticité et l'épanouissement personnel devient un théâtre social en soi. Mazursky n'est jamais cruel par abstraction. Il sait que ses personnages mentent souvent parce qu'ils veulent sincèrement croire à ce qu'ils disent.

Sa grande matière, c'est la conversation comme révélateur de classe. Les salons, les dîners, les thérapies, les vacances, les espaces où l'on discute beaucoup de soi deviennent chez lui des laboratoires du Drame et de la Comédie. Il y a du rire, évidemment, mais un rire qui vient de l'embarras, du narcissisme, de l'écart entre l'idéal affiché et la pratique réelle. Mazursky comprend que la culture progressiste de la bourgeoisie américaine ne supprime pas les rapports de domination. Elle les reformule dans une langue plus séduisante.

Les Années 1970 sont son grand territoire. Il y suit la transformation des modèles conjugaux, des identités masculines, de l'autonomie féminine, de la famille et du rapport à la réussite. Ce qui frappe, c'est l'absence de mépris. Mazursky ne regarde pas ses personnages comme des caricatures sociologiques. Il leur laisse leur part de confusion et parfois de grandeur. Une femme qui se reconstruit, un homme qui découvre sa propre médiocrité affective, un couple qui essaye sincèrement d'inventer d'autres règles: ces situations ne sont pas traitées comme de simples sujets de moquerie.

Sa mise en scène peut sembler moins voyante que celle de certains contemporains. C'est précisément ce qui fait sa justesse. Mazursky privilégie le jeu, la circulation des voix, la respiration de la scène. Il sait qu'un film sur les mœurs échoue dès qu'il écrase la fragilité de ses personnages sous la thèse. Son cinéma paraît souple parce qu'il est très construit. Chaque déséquilibre de groupe, chaque aveu déplacé, chaque moment où le décor social se fissure est minutieusement préparé.

Il faut aussi reconnaître la place importante qu'il accorde aux femmes. Non pas dans un geste programmatique simple, mais dans sa manière d'accepter que le récit change de centre de gravité lorsque les structures patriarcales perdent un peu de leur évidence. An Unmarried Woman demeure à cet égard exemplaire. Le film accompagne une crise sans la réduire à une leçon. Il observe comment l'autonomie peut être à la fois conquête, vertige, renégociation économique et réinvention du désir.

Dans le Cinéma américain, Mazursky occupe une zone souvent sous estimée entre Nouvel Hollywood, chronique des mœurs et cinéma d'acteurs. Il n'a ni la violence formelle des plus grands stylistes de sa génération ni leur mythologie critique. Mais il possède quelque chose de plus rare qu'on ne le dit: une intelligence du social vécu, du quotidien comme scène idéologique, de la parole intime comme mise en marché de soi.

Ses meilleurs films continuent donc d'importer parce qu'ils montrent une société qui apprend à parler librement sans cesser pour autant de s'organiser autour du pouvoir, du prestige et de l'inégalité. Mazursky enregistre cet apprentissage avec tendresse, ironie et une lucidité jamais décorative. Il sait qu'une époque se révèle moins par ses slogans que par la façon dont les gens cultivés s'assoient, se justifient, désirent et échouent à devenir aussi modernes qu'ils le prétendent.

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