Pat Bishow
Avec Weedjies: Halloweed Night, Pat Bishow annonce la couleur sans le moindre détour : son territoire est celui du cinéma d'horreur bricolé, joyeusement impur, nourri de VHS mentales, de latex visible et d'une fidélité sans complexe à l'exploitation la plus joueuse. Il faut prendre ce geste au sérieux. Dans un paysage où beaucoup de films indépendants cherchent à se faire pardonner leur pauvreté par l'ironie ou la citation chic, Bishow fait exactement l'inverse. Il assume le mauvais goût comme une tradition, le grotesque comme une ressource et l'énergie comme un principe supérieur à la finition. Son cinéma ne prétend pas corriger la série B. Il l'habite de l'intérieur.
Cette position le rattache directement à une histoire américaine du Cinéma d'exploitation qui court des vidéoclubs jusqu'aux microbudgets numériques des Années 2010. On y retrouve l'esprit de la bande, du tournage rapide, du monstre qui vaut autant par sa texture artisanale que par sa fonction narrative. Chez Bishow, l'effet spécial n'est pas seulement un outil. C'est une déclaration d'amour au cinéma comme fabrication visible. Le sang a une couleur trop franche, la créature déborde parfois sur la farce, le montage pousse les scènes vers l'excès. Tant mieux. Cette franchise matérielle rappelle qu'une partie essentielle de l'horreur populaire vient du plaisir enfantin de voir des choses impossibles prendre corps.
Il serait pourtant trop simple d'y voir seulement un cinéaste du clin d'oeil. Ce qui fait tenir ses films, c'est moins la référence que le rythme. Bishow sait qu'un film de créature, de zombies ou de slasher déviant ne survit pas longtemps à la seule nostalgie. Il faut une pulsation. Il faut que le récit avance par poussées, que les personnages soient saisis dans des situations lisibles, que l'humour ne dissolve jamais entièrement la menace. Même dans ses moments les plus outranciers, son cinéma comprend une loi fondamentale de l'Horreur populaire : le spectateur doit sentir que la catastrophe peut réellement envahir le cadre.
Son goût du monstrueux a aussi quelque chose de démocratique. Chez lui, l'horreur n'appartient pas aux grandes maisons hantées, aux mythologies prestigieuses ou aux traumas psychologiques vendus comme profondeur. Elle surgit dans des espaces quotidiens, suburbains, mineurs, avec une familiarité presque affectueuse. Cette proximité donne à ses films un charme très particulier. On y retrouve la culture du voisin fou, de la fête qui dégénère, de la petite ville qui bascule dans l'absurde sanguinolent. Ce ne sont pas des mondes sophistiqués. Ce sont des mondes disponibles, immédiatement partageables, où le cinéma de genre redevient un art communautaire.
Pat Bishow appartient ainsi à une économie de la persistance. Il continue de fabriquer des objets que beaucoup d'industries ont cessé de considérer comme rentables ou désirables. Cette obstination compte. Elle maintient vivant tout un pan du Fantastique à petit budget, celui qui repose moins sur la perfection illusionniste que sur la connivence entre film et spectateur. Quand un monstre apparaît dans un film de Bishow, on voit à la fois la créature et le geste qui l'a construite. L'effet n'est pas de casser la croyance, mais de la déplacer. On croit autrement. On croit avec l'artifice.
Il faut également souligner la dimension ludique de son univers. Le jeu n'est pas ici l'ennemi de la peur. Il en est la condition. Le rire, la vulgarité, la surcharge, le gag visuel ou verbal servent à maintenir le film dans un état d'excitation continue. Bishow travaille l'héritage du drive-in, du direct-to-video, des jaquettes plus grandes que les films eux-mêmes. Cela pourrait n'être qu'une affaire de recyclage. Ce n'est pas le cas, parce qu'il y a chez lui une vraie générosité de surface. Chaque scène semble vouloir offrir quelque chose : un effet, une blague, une attaque, une silhouette grotesque, une montée d'absurde.
Dans l'écosystème des festivals et des circuits parallèles, un tel cinéma trouve naturellement sa place du côté de Fantasia ou des zones les plus débridées du genre contemporain. Non parce qu'il chercherait la consécration, mais parce qu'il rappelle ce qu'une culture populaire de l'horreur peut encore produire quand elle refuse le polissage. Bishow ne fabrique pas des films respectables. Il fabrique des films vivants.
Pat Bishow mérite donc d'être regardé pour ce qu'il est réellement : non un épigone de la mauvaise série B, mais un artisan tenace de ses puissances primitives. Son cinéma rappelle qu'il existe une noblesse du dérisoire, à condition d'y mettre assez de vitesse, d'invention et de conviction. Dans une époque fascinée par l'horreur premium, cette fidélité à la crasse ludique, à l'effet pratique et à la joie du débordement a quelque chose de salutaire.
