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Pascual Sisto - director portrait

Pascual Sisto

Avec John and the Hole, Pascual Sisto transforme une maison bourgeoise et un trou dans le sol en expérience de froid moral: un adolescent enferme sa famille, puis observe le monde comme si l'émotion humaine était un système dont il testait les limites. Le film n'est pas une horreur à effets, mais il appartient pleinement au territoire de l'inquiétude. Son monstre est calme, bien coiffé, presque vide. Il ne surgit pas. Il décide.

Sisto vient des arts visuels, et cela se sent dans son rapport à l'espace. Les pièces sont composées comme des installations. Les distances entre les corps comptent autant que les dialogues. Le trou du titre n'est pas seulement un dispositif narratif. C'est une sculpture négative, une absence organisée, un lieu où la famille est réduite à sa fonction la plus élémentaire: survivre pendant que l'enfant au dessus expérimente le pouvoir. Cette abstraction donne au film une dureté singulière.

Le thriller psychologique américain aime les enfants inquiétants, mais Sisto évite le folklore de l'enfant démoniaque. John n'est pas possédé. Il n'est pas expliqué par un grand trauma lisible. Il est plus dérangeant parce qu'il semble mener une enquête privée sur la liberté, l'argent, la dépendance, le corps adulte. Le film refuse de rassurer le spectateur par une cause nette. Il laisse l'acte flotter dans une zone où la curiosité devient violence.

Cette froideur rattache Sisto à un pan du cinéma contemporain des années 2020 où l'horreur se déplace vers l'expérience comportementale. On ne demande plus seulement qui tue ou pourquoi le fantôme revient. On observe des personnages qui traitent les autres comme des objets d'étude. L'effroi vient de l'absence d'affect adéquat. John and the Hole fait peur parce qu'il montre un geste extrême sans le couvrir de frénésie. Le calme devient l'élément le plus obscène.

Le lien avec les États-Unis est important, même si Sisto lui même circule entre plusieurs contextes culturels. Le film regarde une classe sociale américaine dans son espace de confort: grande maison, piscine, autonomie adolescente, richesse assez stable pour paraître naturelle. Le trou vient contredire cette stabilité. Il révèle que le confort est aussi une architecture de séparation. Les parents, privés de leur position, deviennent soudain vulnérables à celui qu'ils croyaient encore former.

Sisto travaille donc l'horreur comme renversement d'échelle. L'enfant, figure supposée dépendante, devient souverain. Les adultes, figures d'autorité, deviennent des corps en bas, affamés, humiliés, suppliants. Ce renversement serait plus conventionnel s'il était traité comme punition morale. Sisto le filme plutôt comme une expérience de laboratoire. Cela rend le film plus sec, plus difficile à aimer, mais aussi plus persistant. On ne sort pas avec une résolution. On sort avec une question sur ce que l'éducation, la famille et le privilège produisent quand ils rencontrent le vide.

Le cinéma d'horreur a souvent utilisé les sous sols, les caves et les fosses comme lieux de refoulement. Chez Sisto, le trou n'est pas exactement un refoulé. Il est presque trop visible, trop conceptuel. Il met les personnages dans une image que personne ne peut interpréter correctement pendant qu'elle se produit. Cette clarté géométrique est sa force. Le film n'a pas besoin d'obscurité gothique. Il a un trou, du jour, des murs, un garçon au dessus, et cela suffit.

La mise en scène refuse l'empathie facile. Elle observe. Elle cadre. Elle laisse les scènes durer dans un inconfort de musée. Cette qualité peut agacer ceux qui attendent du thriller une montée plus démonstrative, mais elle correspond exactement au sujet. John and the Hole est un film sur la distance, et sa forme garde la distance. Le spectateur devient lui aussi observateur d'une expérience qu'il condamne sans pouvoir l'interrompre.

Pour CaSTV, Pascual Sisto occupe une place précieuse aux frontières du genre. Il rappelle que l'horreur contemporaine ne se définit pas seulement par ses créatures, mais par sa capacité à rendre une relation humaine étrangère à elle même. Son cinéma demande ce qui se passe quand la famille cesse d'être un refuge symbolique et devient un dispositif que quelqu'un peut manipuler. La réponse est glaciale: il ne faut parfois qu'un enfant, une maison très calme et un vide assez profond pour que la civilisation domestique révèle sa fragilité.

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