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Pao Hsueh-Li - director portrait

Pao Hsueh-Li

Si l'on veut comprendre pourquoi Pao Hsueh-Li mérite sa place sur CaSTV, il faut partir de Finger of Doom. Son premier film comme réalisateur n'est pas un simple morceau de wuxia. C'est un film d'action hanté, une aventure martiale qui laisse entrer la grotte maudite, les apparitions et une étrangeté presque gothique dans la mécanique du sabre. Dès ce départ, tout est déjà là: le goût du mouvement, bien sûr, mais aussi l'envie de tordre le film de combat vers le supernatural et le bizarre.

Pao Hsueh-Li n'arrive pas à la mise en scène par hasard. Né à Nankin, passé par Taïwan puis par Hong Kong, il se forme d'abord comme chef opérateur. C'est une donnée décisive. Avant de réaliser, il cadre, il éclaire, il comprend comment le corps se découpe dans l'espace et comment un décor peut porter une tension à lui seul. Quand il rejoint Shaw Brothers à la fin des années 1960, il travaille sur des films de Yueh Feng et de Chang Cheh. Autrement dit, il apprend au cœur d'un des grands laboratoires du cinéma populaire asiatique. Chez lui, cette formation se sent partout: même dans les œuvres les plus brutales ou les plus pulp, l'image ne sert jamais seulement à enregistrer la bagarre, elle organise une circulation du regard.

Sa carrière se lit donc entre Hong Kong et Taïwan, deux pôles qui n'ont pas produit les mêmes imaginaires ni les mêmes économies de studio. Le passage par Shaw Brothers lui donne la discipline, le sens du spectaculaire et l'efficacité industrielle des 1970s. Le retour vers Taïwan, plus tard, ouvre un autre espace, plus libre, parfois plus rugueux, où ses films semblent moins polis et plus frontaux. Cette double appartenance est essentielle: Pao n'est pas seulement un exécutant du système Shaw, il est aussi un artisan mobile du cinéma de genre chinois au moment où celui-ci change de forme et de territoire.

On retient souvent de lui les coréalisations avec Chang Cheh, notamment The Boxer from Shantung, The Water Margin ou Iron Bodyguard. C'est logique: ces titres sont massifs, virils, conçus pour frapper fort. Mais ils ne suffisent pas à raconter sa singularité. Ce qui distingue Pao Hsueh-Li, c'est la manière dont il accueille volontiers les bordures du fantastique dans le film d'épée et dans le film de kung-fu. Finger of Doom pose les bases, puis The Battle Wizard pousse encore plus loin cette logique de contamination. On y trouve de la fantaisie, du grotesque, du monstre, de l'énergie pop, presque une forme d'hallucination de studio. Le cinéma de Pao rappelle ainsi qu'une partie du genre hongkongais n'a jamais respecté les frontières propres entre aventure martiale, horreur, magie et bande dessinée filmée.

Cette porosité est exactement ce qui l'intéresse pour CaSTV. Beaucoup de cinéphiles abordent le cinéma de Hong Kong par la pureté des catégories: wuxia d'un côté, kung-fu de l'autre, horreur ailleurs. En pratique, les films n'obéissent pas toujours à ces douanes. Chez Pao, une embuscade peut vite prendre des airs de cauchemar. Une figure d'autorité peut devenir presque démoniaque par le seul travail du regard et du costume. Une caverne, un temple, une forteresse ou une nuit de poursuite suffisent à faire glisser le récit du duel héroïque vers une ambiance de malédiction. Il n'a pas besoin de signer un « film d'horreur » pur pour produire des images qui parlent directement aux amateurs de fantastique.

Il faut aussi insister sur sa science du rythme. Pao Hsueh-Li appartient à une génération qui sait découper l'action sans la réduire au brouhaha. Les coups comptent, mais les attentes entre les coups comptent tout autant. Il sait ménager une apparition, retarder l'explosion, faire sentir qu'un personnage entre dans une zone où les règles ordinaires ne tiennent plus. C'est une qualité précieuse dans tout cinéma voisin du supernatural ou du folk horror, même quand le folklore en question passe par les légendes martiales, les sectes secrètes et les pouvoirs occultes plutôt que par les campagnes anglaises ou américaines.

Le détour taïwanais de la fin des 1970s et du début des 1980s confirme d'ailleurs cette robustesse. Libéré du seul cadre Shaw, Pao continue à fabriquer des films d'action denses, parfois plus secs, mais toujours construits autour d'une lisibilité physique très forte. Il reste un réalisateur de combat, oui, mais un réalisateur de combat qui n'a jamais eu peur du romanesque outré ni des accessoires de l'étrange. Cette fidélité au cinéma populaire dans ce qu'il a de plus impur, de plus généreux et de plus baroque, explique sa survie en cinéphilie culte.

Son statut critique n'est peut-être pas celui des plus grands auteurs immédiatement canonisés. Il est ailleurs, et ce n'est pas un défaut. Pao Hsueh-Li appartient à cette caste précieuse des cinéastes dont les films permettent de comprendre comment un système de studio fabriquait du plaisir visuel en série tout en laissant passer des accidents, des délires et des bifurcations très personnelles. Chez lui, le spectaculaire ne chasse pas l'étrange. Il l'abrite.

Au fond, Pao Hsueh-Li compte sur CaSTV parce qu'il relie Hong Kong, Taïwan, les 1970s et les zones troubles du supernatural avec une évidence presque insolente. Il rappelle qu'une bonne partie de l'histoire de l'horreur asiatique s'est aussi écrite dans les marges du wuxia, là où le sabre rencontre le sortilège et où le film de studio accepte, l'espace d'une scène, de devenir un rêve fiévreux.

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