Olivier Pairoux
Olivier Pairoux se distingue par une veine européenne où l'imaginaire d'aventure, la science-fiction légère et le fantastique familial peuvent glisser vers des zones plus inquiétantes. Ses deux crédits dans un catalogue lié à l'horreur indiquent une présence à la frontière: pas forcément le cinéaste du choc frontal, mais celui qui sait que l'enfance, le jeu et la découverte contiennent déjà une part de danger. Le merveilleux, chez lui, n'a rien d'inoffensif par nature.
Le contexte belge semble particulièrement pertinent pour lire cette sensibilité. Le cinéma belge a souvent excellé dans les décalages de ton, les récits où le banal devient absurde, les espaces modestes traversés par une étrangeté presque sèche. Pairoux peut être placé dans cette tradition de l'entre-deux: entre humour et menace, entre fantaisie et malaise, entre spectacle accessible et trouble plus profond. C'est un territoire précieux pour le genre.
Le cinéma fantastique n'est pas seulement affaire de créatures ou de mondes inventés. Il parle aussi de passage. On franchit une porte, une règle, un âge, une frontière entre ce que l'on croyait comprendre et ce qui résiste. Chez Pairoux, cette idée du passage paraît centrale. Le récit peut commencer dans une énergie ludique et finir par révéler que l'aventure a un prix. L'enfant ou l'adolescent n'entre pas dans l'imaginaire pour s'évader simplement. Il y découvre que le monde adulte est déjà monstrueux.
Cette position explique l'intérêt d'une oeuvre courte ou périphérique dans les années 2010. À cette période, beaucoup de cinéastes européens ont retravaillé les codes du film de jeunesse avec une conscience plus sombre. Les récits de bandes, de machines, de secrets et de territoires interdits ne sont plus seulement nostalgiques. Ils deviennent des manières de parler d'abandon, de violence sociale, de solitude, de deuil. Le fantastique donne une forme visible à ce qui reste sinon trop lourd pour le réalisme.
Pairoux semble aimer les mécaniques narratives claires, mais cette clarté n'empêche pas l'ambiguïté. Au contraire, plus le dispositif paraît lisible, plus le trouble peut se déposer en dessous. Un objet trouvé, une invention, une exploration, une mission: ces moteurs de récit appartiennent au cinéma populaire. Ils fonctionnent parce qu'ils déplacent les personnages. Mais dans le genre, tout déplacement est aussi une exposition. Quitter la sécurité, c'est entrer dans un espace où les règles se réécrivent.
La valeur de Pairoux pour CaSTV tient à cette capacité de rendre poreuses les catégories. L'horreur pure n'est pas le seul territoire de la peur. Le fantastique familial, la science-fiction modeste, le film d'aventure sombre peuvent produire une inquiétude durable lorsqu'ils prennent au sérieux les dangers de l'imaginaire. Le spectateur jeune y voit un récit d'évasion. Le spectateur adulte y reconnaît peut-être une fable sur les transmissions ratées et les mondes que l'on laisse aux suivants.
Olivier Pairoux rappelle ainsi que le genre vit aussi dans les seuils. Il n'a pas toujours besoin de sang, de nuit ou de rituel. Il peut passer par une promesse d'aventure, puis laisser cette promesse se fissurer. Deux crédits au catalogue suffisent pour noter cette singularité: un cinéaste attiré par les formes populaires, mais capable de sentir que toute porte ouverte vers l'extraordinaire ouvre aussi sur une inquiétude plus ancienne.
