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Oliver Laxe - director portrait

Oliver Laxe

Avec Mimosas, Oliver Laxe fait du désert une matière morale avant d'en faire un paysage. On entre chez lui par la poussière, l'effort, l'ascèse, puis l'on comprend que chaque image travaille une question plus vaste : comment filmer la foi, la communauté, la solitude et la violence sans les réduire à des slogans spirituels ou à du pittoresque festivalier. Laxe est un cinéaste rare parce qu'il cherche une forme de dépouillement qui ne soit ni pureté décorative ni mystique de pacotille. Son cinéma gratte, résiste, expose des corps fatigués devant des territoires qui ne leur promettent rien.

Né dans un contexte espagnol mais profondément traversé par le Maroc, il appartient à cette catégorie très étroite de réalisateurs qui pensent le lieu comme une épreuve. Dans You All Are Captains, comme dans Fire Will Come, le territoire n'est pas un simple fond. Il discipline les gestes, redistribue les hiérarchies, rappelle que l'humain n'est jamais maître de ce qu'il habite. Voilà pourquoi son œuvre compte autant pour un catalogue sensible aux zones troubles entre le réel et le mythe. Chez lui, la montagne, la forêt, le village et le désert sont des formes actives. Ils jugent les personnages autant qu'ils les accueillent.

Le plus beau chez Laxe est sans doute son refus du prestige automatique. Beaucoup de cinéastes contemporains aiment les plans lents parce qu'ils confèrent immédiatement une gravité d'auteur. Lui utilise la durée pour autre chose : pour laisser apparaître la friction entre le visible et l'invisible, entre l'action concrète et ce qui la dépasse. Cela donne à son cinéma une densité spirituelle qui ne verse jamais dans l'édification. On n'en sort pas rassuré. On en sort plutôt déplacé, comme si les images avaient réordonné notre échelle de valeurs.

Sa place dans le cinéma de l'Espagne et plus largement du Maroc contemporain tient aussi à cette manière de traiter les marges sans folklorisation. Laxe ne filme pas des communautés rurales pour offrir aux spectateurs urbains un supplément d'authenticité. Il filme des mondes où les traditions, les croyances et les habitudes ne sont ni intactes ni muséifiées. Elles vivent, donc elles se contredisent. Dans Fire Will Come, le rapport au feu est exemplaire : menace matérielle, force cyclique, mémoire locale, presque personnage cosmique. Peu de films récents ont su donner à la nature une telle présence sans retomber dans le symbolisme scolaire.

Cette attention au paysage fait de lui une figure singulière du folk horror, même lorsqu'il ne revendique pas le genre. Non pas parce qu'il multiplierait les signes occultes, mais parce qu'il comprend ce que le folk horror a de plus profond : la sensation qu'un territoire porte une loi plus ancienne que celle des hommes. Ses villages, ses pentes, ses chemins et ses feux contiennent une épaisseur de coutumes et de fatalité. La modernité y arrive toujours trop tard, ou de travers. C'est là que son cinéma touche à quelque chose de très ancien, presque biblique, sans cesser d'être ancré dans le présent.

Laxe est aussi un cinéaste des années 2010 et 2020 qui a su traverser le circuit des festivals sans s'y dissoudre. Son travail a circulé à Cannes, mais il n'a jamais adopté le lissage transnational qui rend tant de films interchangeables. On reconnaît ses films en quelques plans : le rapport frontal aux éléments, la manière d'accorder une dignité égale aux visages et aux reliefs, l'art de faire sentir la fatigue métaphysique derrière la fatigue physique.

Regarder Oliver Laxe revient finalement à accepter une forme d'inconfort. Son cinéma ne vous tient pas par la main, ne vous vend pas l'exotisme de ses lieux, ne transforme pas la spiritualité en produit de distinction. Il demande au spectateur de traverser l'opacité, d'habiter le silence, de considérer que le monde visible est plus vaste que ses usages narratifs ordinaires. C'est ce sérieux sans solennité, cette austérité sans pose, qui fait de lui l'un des cinéastes les plus intensément physiques et métaphysiques de sa génération.

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