Oleg Simonenko
Oleg Simonenko se présente, dans un catalogue de genre, comme une signature de périphérie où l'image semble moins chercher l'éclat que la trace. Ses deux crédits ne permettent pas de parler d'une oeuvre vaste, mais ils suffisent à inscrire un tempérament: un cinéma attentif aux lieux qui ont déjà vécu quelque chose, aux visages qui portent une fatigue ancienne, aux récits où l'inquiétude vient moins d'un monstre que d'un monde qui ne garantit plus rien.
Le nom évoque une sensibilité venue de l'Europe de l'Est, même lorsque la fiche ne fixe pas proprement un pays. Ce flottement n'est pas seulement administratif. Il correspond à une part du cinéma européen de genre qui circule souvent hors des cartographies confortables: coproductions modestes, courts, films d'école, objets hybrides, oeuvres qui passent par des festivals spécialisés avant de trouver un public patient. Simonenko appartient à cette zone où l'identité du film se construit par ambiance plus que par étiquette.
Dans le cinéma d'horreur, cette position marginale peut devenir une force. Le centre produit des formules. La marge produit des accidents, des durées étranges, des récits qui ne savent pas toujours s'ils veulent expliquer ou simplement inquiéter. Ce qui intéresse ici, c'est la possibilité d'un fantastique rugueux, presque documentaire, où la peur ne déchire pas la réalité. Elle la contamine lentement, jusqu'à ce qu'une pièce ordinaire ou un paysage désert cesse de répondre aux lois habituelles.
Les deux crédits de Simonenko invitent à regarder la brièveté comme une discipline. Dans un format resserré, il faut choisir son poison. Une apparition trop claire tue le mystère. Une ellipse trop large dissout la tension. Une fin trop fermée transforme l'expérience en exercice. Le cinéma court exige une exactitude de pression. Il faut savoir combien de temps laisser un plan se charger, à quel moment couper, quelle information refuser. L'horreur y devient affaire de dosage presque musical.
Son intérêt, pour CaSTV, tient aussi à ce que son profil rappelle la richesse des années 2010 dans les marges du genre. Cette décennie a vu se multiplier des productions qui n'avaient pas forcément les moyens d'imiter Hollywood, mais qui avaient compris que le malaise contemporain était disponible partout: dans les immeubles, les hôpitaux, les routes, les maisons abandonnées, les archives numériques. Il n'y avait plus besoin d'un folklore massif. Il suffisait d'une perturbation assez précise pour que le réel perde sa neutralité.
Simonenko semble relever de cette logique. Son cinéma, tel qu'il se dessine à travers une présence rare, ne cherche pas la grande déclaration. Il travaille plutôt le soupçon. Les personnages ne sont pas placés devant une vérité claire. Ils avancent dans un monde qui a retiré quelques repères essentiels. La peur naît de ce retrait: une porte qui ne promet plus l'autre côté, un visage qui ne confirme plus la relation, une parole qui ne règle plus rien.
On aurait tort de réduire ce type de réalisateur à une simple note de bas de page. Les bases de données d'horreur servent précisément à sauver ces noms de l'oubli mou où disparaissent les oeuvres non canonisées. Oleg Simonenko n'est peut-être pas un monument, mais il est un point de tension. Il rappelle que le genre se nourrit de signatures discrètes, de gestes courts, d'images qui ne demandent pas à dominer le paysage. Elles se contentent de rester en mémoire, ce qui est parfois plus inquiétant.
