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Nosratollah Karimi - director portrait

Nosratollah Karimi

Avec The Carriage Driver, chronique urbaine de 1959 attentive aux humbles et à la mutation d'un monde, Nosratollah Karimi apparaît comme l'une des figures secrètes d'un cinéma iranien d'avant la Nouvelle Vague qui cherchait déjà des formes plus fines que le simple spectacle commercial. Son nom est souvent moins cité que ceux qui viendront ensuite, mais il mérite d'être regardé pour ce qu'il révèle: un moment de transition où le cinéma de Iran commence à sentir, dans les plis du quotidien, les tensions d'une modernisation inégale. Dans les Années 1950 et au seuil des années 1960, cette sensibilité compte.

Karimi était aussi sculpteur, acteur, homme de théâtre. Cette pluralité se voit dans son rapport aux figures humaines. Il filme des personnages comme s'il cherchait leur poids concret, leur inscription dans l'espace social autant que leur expression. The Carriage Driver avance ainsi moins par coups de théâtre que par observation des relations, des métiers, des rues et des hiérarchies qui composent la ville. Le film regarde un monde sur le point de basculer, où des formes de vie anciennes coexistent avec l'accélération moderne sans y trouver facilement leur place.

Ce qui frappe, c'est la douceur mélancolique du regard. Karimi ne transforme pas ses personnages populaires en emblèmes folkloriques. Il s'intéresse à leur dignité vulnérable, à la manière dont les changements économiques et urbains déplacent des existences modestes. Cette attention aux humbles n'a rien d'abstrait. Elle passe par des détails de jeu, par une manière de laisser durer une scène, par le refus de traiter les corps comme simple décor social.

On peut voir dans son travail une articulation particulière entre tradition théâtrale et désir de réalisme. Les compositions restent parfois marquées par une frontalité ancienne, mais cette frontalité devient productive. Elle rend visibles les rapports de position, les écarts de statut, la fragilité des gestes quotidiens. Karimi appartient à ce cinéma où l'on sent encore le studio, la scène, la fabrication, tout en percevant déjà un besoin accru d'aller vers la vie ordinaire.

Cette position liminaire explique sans doute pourquoi il demeure moins célèbre que les grands noms de l'histoire canonique. Il se situe avant une rupture critique plus nette, dans un moment que les récits simplifiés du cinéma iranien ont souvent relégué au simple avant. Pourtant, c'est dans ces avant que se préparent souvent les évolutions décisives. Karimi témoigne d'un désir de complexité morale et sociale qui ne se réduit ni au divertissement pur ni au manifeste esthétique.

Son importance tient aussi à ce que son œuvre permet de réévaluer la continuité de certains motifs iraniens: la ville comme théâtre de la transformation, les classes populaires comme lieu de vérité fragile, le personnage ordinaire comme révélateur des fractures historiques. Bien avant que ces thèmes soient sanctifiés par le regard international, ils existent déjà chez lui sous une forme touchante, encore instable, mais bien réelle.

On aimerait voir Nosratollah Karimi davantage présent dans les rétrospectives et les Festivals consacrés aux généalogies du cinéma mondial. Non pour réparer un oubli de manière pieuse, mais parce que ses films rendent sensible une histoire en train de se faire. Ils rappellent qu'un art national ne naît pas soudain avec quelques chefs-d'œuvre consacrés. Il se construit aussi par des œuvres de seuil, où les formes hésitent, s'ajustent, se cherchent. Karimi appartient à cette zone essentielle. Son cinéma porte la mélancolie d'un monde qui change, et la noblesse discrète de ceux qui doivent apprendre à changer avec lui.

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