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Noh Young-seok

Avec Daytime Drinking, Noh Young-seok signe un film que le cinéma coréen fait mieux que presque tout autre lorsqu'il est à son meilleur : une errance alcoolisée, comique, humiliante, qui finit par révéler tout un rapport national au masculin, à la solitude et au ratage ordinaire. Le point de départ paraît léger, presque anecdotique. Il devient peu à peu une radiographie de l'inconfort social. Noh comprend que l'ivresse, au cinéma, n'est pas seulement une mécanique de désordre. C'est un révélateur. Elle expose les hiérarchies, les faux semblants, les attentes contradictoires qui organisent déjà la vie éveillée.

Ce qui distingue son travail, c'est la qualité du glissement tonal. Daytime Drinking peut sembler flotter entre comédie de mésaventure, film de route déglingué et étude de caractère. En réalité, Noh Young-seok construit très méthodiquement cette instabilité. Chaque rencontre décale légèrement l'expérience du héros, chaque étape ajoute une couche d'absurdité et de fatigue, jusqu'à produire une forme de vertige presque existentielle. Peu de cinéastes savent aussi bien filmer le ridicule sans mépriser celui qui le porte.

Dans le paysage du cinéma sud-coréen, son œuvre occupe une zone précieuse, à l'écart des démonstrations de virtuosité trop visibles comme des récits de pure efficacité industrielle. Noh privilégie les corps maladroits, les conversations qui tournent mal, les déplacements sans gloire. Il observe des individus qui essaient de tenir une image d'eux-mêmes, puis les laisse se dissoudre dans des circonstances dont ils ne contrôlent plus rien. Cette attention au ratage social le relie autant aux années 2000 qu'aux années 2010, où le cinéma coréen a souvent montré une intelligence aiguë des humiliations quotidiennes.

Il faut également souligner son sens du paysage comme prolongement mental. La route, les arrêts, les petits lieux traversés ne servent pas seulement à déplacer l'action. Ils exposent le personnage à une forme de vacance où les protections tombent. Noh filme très bien cette condition intermédiaire, ni tout à fait comique ni tout à fait tragique, où l'on devient disponible à la défaite. Ce n'est pas un hasard si son cinéma reste si tenace en mémoire. Il touche à une vérité peu flatteuse sur les existences ordinaires : une grande partie de nos vies se joue dans des situations où nous ne sommes ni héroïques ni lucides.

Même lorsqu'il ne travaille pas frontalement le horreur, Noh Young-seok partage avec le genre un goût pour les mondes légèrement hostiles, pour les systèmes sociaux qui semblent n'attendre qu'un faux pas pour se refermer. Son cinéma de l'embarras rejoint par là une inquiétude plus profonde. Les autres ne sont jamais tout à fait menaçants, mais jamais parfaitement sûrs non plus. On navigue dans un univers de proximité instable.

Noh Young-seok apparaît ainsi comme un moraliste de l'accident mineur, de la cuite triste, du déplacement inutile qui révèle tout. Son œuvre rappelle qu'une comédie peut être sévère sans perdre sa souplesse, et qu'un récit de dérive peut atteindre une précision sociale redoutable. Il regarde ses personnages chanceler, mentir un peu, espérer encore, puis il les laisse face à ce qu'ils sont quand il ne reste plus rien pour tenir la pose.

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