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Nicolás Videla

Avec Invoking Yell, Nicolás Videla aborde une zone très particulière du cinéma de genre latino-américain : le black metal comme rite social, comme folklore réinventé, comme théâtre de possession collective. L'idée pourrait sembler purement ironique, ou simplement pittoresque. Videla refuse ces facilités. Il comprend que cette sous-culture n'est pas seulement un décor sonore ou vestimentaire, mais un espace où se rejouent la masculinité, la marginalité, la foi retournée et le besoin d'appartenance. Son film tient alors sur une ligne délicate : assez proche pour saisir la texture du milieu, assez distant pour faire apparaître la dimension grotesque et inquiétante de ses cérémonies.

Ce qui rend son travail stimulant, c'est sa manière de filmer le groupe. Beaucoup de récits contemporains préfèrent l'isolement, le trauma individuel, la psyché comme prison. Videla, lui, observe comment une collectivité se fabrique par signes, répétitions et croyances partagées. Dans Invoking Yell, la forêt, le son saturé, le déguisement et la performance servent à produire un monde temporaire où chacun vient chercher une identité plus forte que sa banalité quotidienne. Ce n'est pas sans danger. Le film montre bien que le rituel promet une intensité, mais qu'il exige aussi une soumission à des codes, à des postures, à un imaginaire de pureté qui peut vite devenir oppressant.

Cette tension entre jeu et croyance constitue le meilleur de son cinéma. Nicolás Videla s'intéresse à ces moments où les pratiques culturelles cessent d'être seulement ludiques pour toucher à quelque chose de plus archaïque. Non pas un archaïsme fantasmé au sens touristique, mais une couche ancienne de comportements : la tribu, l'initiation, l'épreuve, la hiérarchie, le désir d'être reconnu par ceux qui partagent le même signe. Cela l'inscrit de manière très nette dans les années 2020, décennie où l'horreur revient souvent vers les communautés closes, les petits mondes régis par leur vocabulaire et leurs lois internes. Sauf qu'ici, la communauté en question n'est ni un village païen ni une secte évidente. C'est une sous-culture moderne traversée par les mêmes pulsions.

Sa mise en scène travaille donc moins l'effroi frontal que l'étrangeté de l'adhésion. Pourquoi croit-on à ce que l'on joue ? Pourquoi certains gestes adoptés comme emblèmes finissent-ils par produire une réalité psychique autonome ? Videla ne plaque pas de réponse sociologique. Il préfère laisser les situations s'épaissir, jusqu'à ce que l'humour initial se charge d'une menace réelle. Cette capacité à faire glisser un cadre familier vers un autre régime de perception est précieuse. Elle témoigne d'un cinéaste qui connaît les outils du horreur sans se sentir obligé d'en reproduire la grammaire la plus prévisible.

Il y a aussi, dans son travail, une intelligence du paysage. La nature n'est jamais neutre. Elle ne représente pas une opposition simple entre modernité et archaïsme, mais un espace de projection où les personnages essaient d'inscrire leurs fantasmes de puissance et d'appartenance. Cela donne aux scènes extérieures une densité particulière. On y sent autant la performance que l'abandon, autant le besoin de jouer un rôle que la peur de découvrir qu'un rôle vous a déjà avalé. Dans cette manière de faire exister le décor comme résonateur psychique, Videla montre une sensibilité déjà très assurée.

Nicolás Videla appartient ainsi à une génération qui traite le genre non comme un alibi culturel mais comme une méthode d'enquête. En s'intéressant à des communautés codées, à des rites choisis et à des identités fabriquées, il touche à quelque chose de profondément contemporain : la faim de croyance dans des sociétés qui se prétendent désenchantées. Son cinéma avance avec humour, patience et une légère cruauté, ce qui est souvent la meilleure combinaison possible. Il sait que le ridicule n'annule pas la ferveur. Au contraire, il la rend parfois plus dangereuse.

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