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Muayad Alayan - director portrait

Muayad Alayan

Avec The Reports on Sarah and Saleem et A House in Jerusalem en arrière plan, Muayad Alayan arrive au cinéma de la peur par une voie palestinienne très concrète: l'espace occupé, la maison contestée, la ville où chaque mur garde une mémoire politique. Son horreur n'a pas besoin de se déguiser en pur exercice de style. Elle naît d'un lieu qui observe les vivants avec l'autorité des morts.

Alayan est un cinéaste de Jérusalem, et cette donnée ne fonctionne pas comme décor. Elle organise la perception. Dans ses récits, l'intime n'est jamais complètement séparé de l'histoire collective. Un couple, une famille, un enfant, une chambre, une rue: tout se trouve déjà traversé par les frontières, les archives, les récits concurrents. Le fantastique devient alors une extension naturelle du réel. Dans un territoire où les absents pèsent si lourd, le fantôme n'a pas besoin d'être prouvé. Il est presque une forme ordinaire de voisinage.

Cette proximité avec Palestine donne à son crédit dans un catalogue d'horreur une force particulière. Le genre y perd sa légèreté marchande. Il devient une méthode pour penser l'héritage, la dépossession, la peur transmise aux enfants. A House in Jerusalem, notamment, inscrit la hantise dans une architecture chargée: une maison n'est jamais seulement une maison lorsqu'elle a changé de mains, de langue, de récit. Elle devient un tribunal silencieux. Chaque pièce demande qui a le droit d'y dormir.

Alayan appartient aussi à une génération qui ne traite plus le cinéma du Moyen Orient comme un simple cinéma de témoignage. Le politique demeure, mais il passe par le suspense, le mélodrame, le secret, l'apparition. Cette hybridation est essentielle. Elle refuse l'idée que les cinémas des zones de conflit devraient rester dans la gravité documentaire pour être légitimes. L'horreur permet autre chose: donner forme au malaise sans le réduire à un dossier.

Son style se distingue par une attention aux conséquences morales. La peur n'y tombe pas du ciel. Elle sort d'un arrangement social, d'un mensonge, d'une propriété mal acquise, d'une culpabilité installée dans les murs. Le spectateur n'est pas invité à consommer un folklore local, mais à comprendre que certains lieux deviennent invivables parce qu'ils contiennent trop de versions de la vérité. Cette idée rejoint une tradition du film de maison hantée, mais la déplace. Ici, la maison ne cache pas seulement un crime passé. Elle est elle même l'objet du conflit.

Les circuits de festivals ont reconnu cette densité, et la présence d'Alayan dialogue naturellement avec des espaces comme Venise ou Toronto, où le cinéma de genre contemporain a appris à porter des histoires nationales sans perdre sa tension. Sa force tient justement à ce refus du compromis mou. Le film peut être politique et inquiétant, précis et spectral, local et lisible ailleurs.

Dans CaSTV, Muayad Alayan occupe donc une place nécessaire. Il rappelle que l'horreur n'est pas toujours un ailleurs exotique, ni un pur laboratoire de sensations. Elle peut être la forme la plus honnête pour parler d'un présent saturé par les morts. Une maison, chez lui, ne se contente pas de grincer. Elle accuse. Elle conserve. Elle oblige les vivants à entendre ce qu'ils préféreraient appeler silence.

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