Mouaad el Salem
Avec Mouaad el Salem, nom arabe et crédit unique chez CaSTV, l'horreur entre dans une zone de circulation où la langue, la mémoire et le territoire comptent avant même que le film ne commence. Le nom porte une cadence, une géographie possible, une relation au monde méditerranéen ou moyen-oriental que la fiche ne transforme pas en certitude administrative. Cette prudence est importante. Elle permet de regarder el Salem comme une signature ouverte, sans l'enfermer dans une origine simplifiée.
L'horreur issue ou proche des imaginaires arabes a longtemps été mal accueillie par les circuits occidentaux, souvent réduite à l'exotisme ou au folklore décoratif. Pourtant, ses matières sont puissantes: croyances populaires, génies, maisons familiales, poids des ancêtres, honte sociale, frontière entre le visible et l'invisible. Dans un tel horizon, un seul crédit peut suffire à signaler une approche du genre où la peur n'est pas seulement un effet, mais une relation à ce qui précède les vivants.
Mouaad el Salem peut être reçu dans le voisinage de l'horreur surnaturelle, à condition de comprendre le surnaturel comme structure culturelle et non comme simple attraction. Le monde invisible n'y est pas forcément un ailleurs spectaculaire. Il peut être une proximité dangereuse, une présence qui habite la maison, la langue ou les gestes quotidiens. L'horreur fonctionne alors par cohabitation: les vivants ne sont jamais seuls, même lorsqu'ils croient l'être.
Le crédit unique impose une lecture resserrée. Dans un court ou une œuvre isolée, la mise en scène doit choisir ses signes avec soin. Un seuil, une prière, une lumière dans une pièce, un bruit derrière un mur, un regard vers un espace vide peuvent avoir plus de force qu'un récit chargé d'explications. Le cinéma d'horreur sait que l'excès de clarté affaiblit parfois le sacré comme le terrifiant. Ce qui reste à demi nommé travaille plus longtemps.
L'horreur indépendante donne à el Salem un cadre de circulation pertinent. Les cinéastes à faible visibilité y trouvent souvent une liberté de ton que les circuits plus normés refusent. Ils peuvent mêler récit intime, légende locale, tension sociale et fantastique sans devoir tout traduire pour un public extérieur. Cette résistance à la traduction totale est précieuse. Elle garde au film une part d'opacité, et cette opacité peut devenir le cœur même de la peur.
CaSTV, en inscrivant Mouaad el Salem, participe à une cartographie plus vaste du genre. Une base montréalaise bilingue, située dans une ville de migrations et de langues superposées, a tout intérêt à préserver ces noms qui déplacent les habitudes du spectateur. L'horreur mondiale ne se résume pas aux grandes industries nationales déjà bien archivées. Elle passe aussi par des signatures moins visibles, des récits locaux, des fragments qui obligent à écouter autrement.
Dans les années 2010 et les années 2020, les festivals spécialisés et les plateformes de niche ont rendu ces circulations plus perceptibles. Le genre s'est ouvert à des voix qui travaillent la peur depuis des traditions rituelles, familiales ou politiques longtemps marginalisées. Mouaad el Salem appartient à cette ouverture. Son crédit ne prétend pas tout expliquer. Il indique une porte: derrière elle, l'horreur n'est pas seulement ce qui surgit, mais ce qui était déjà là, patient, ancien, incomplètement nommé.
