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Momoko Seto - director portrait

Momoko Seto

À partir de Planet Σ, odyssée miniature où des graines semblent traverser l'après-catastrophe comme des astronautes botaniques, Momoko Seto impose un imaginaire immédiatement reconnaissable: un cinéma scientifique qui n'a pas peur du merveilleux, un cinéma spéculatif qui garde les pieds dans la matière. Très peu d'artistes savent filmer le non-humain sans l'écraser sous la métaphore ou le didactisme. Seto, elle, travaille à l'endroit exact où la curiosité naturaliste rencontre l'étrangeté cosmique. C'est ce qui fait d'elle une figure majeure du cinéma expérimental contemporain, entre France et Japon, dans les Années 2020.

Son parcours au sein d'institutions scientifiques, notamment autour de l'imagerie liée au CNRS, éclaire beaucoup sa pratique, sans suffire à la résumer. Chez Seto, la science n'est pas un argument d'autorité. C'est une méthode d'attention. Elle regarde le monde vivant comme un ensemble de processus, de textures, de devenirs. La caméra n'y sert pas à domestiquer l'invisible, mais à lui permettre d'apparaître dans sa propre logique. Ses films courts consacrés aux planètes, aux paysages microscopiques ou aux catastrophes naturelles composent déjà une cosmologie.

Dans Planet Z ou The Four Seasons of the Year, cette cosmologie passe par des dispositifs très précis. Seto joue avec l'échelle, la vitesse, la transformation des matières, au point que des phénomènes observables deviennent soudain des aventures visuelles presque fabuleuses. Pourtant, il ne s'agit jamais de fantaisie pure. L'émerveillement naît d'une fidélité obstinée aux formes du vivant. On comprend alors que son cinéma n'oppose pas objectivité et poésie. Il suggère que la poésie est parfois le nom juste de l'observation lorsqu'elle atteint un certain degré d'acuité.

Planet Σ radicalise cette intuition. En faisant des graines les héroïnes d'un monde hostile, Seto déplace notre anthropocentrisme sans lourdeur théorique. Le film relève à la fois de l'animation, du cinéma expérimental, du récit post-apocalyptique et du documentaire impossible. Cette hybridité lui permet d'inventer une fable écologique qui ne ressemble ni au sermon catastrophiste ni à la simple allégorie. Ce que l'on y voit, c'est la persistance du vivant sous des formes modestes, têtues, vulnérables et pourtant incroyablement résistantes.

Le rapport de Seto à l'écologie mérite d'ailleurs d'être distingué des automatismes contemporains. Elle ne filme pas la nature comme refuge moral face aux dégâts humains. Elle filme des systèmes, des réactions, des chaînes d'altération. Son regard n'idéalise rien. Il constate que le vivant se transforme, souffre, improvise, continue. Cette absence de pastorale donne à ses films une force singulière. Ils nous décentrent sans nous flatter.

Formellement, son œuvre tient aussi à un sens rare de la couleur et du rythme. Les matières liquides, minérales, végétales ou organiques y deviennent des acteurs. Les mouvements infimes prennent une ampleur dramatique. Le montage ne sert pas à accélérer artificiellement l'expérience, mais à révéler des continuités secrètes entre le microscopique et le cosmique. On pense parfois à une science-fiction débarrassée de ses machines les plus évidentes, une science-fiction de spores, de pollens, de poussières et d'érosions.

Il est logique qu'un tel travail circule dans les Festivals où le court métrage et les formes libres peuvent encore surprendre véritablement. Mais l'importance de Momoko Seto dépasse le circuit spécialisé. Elle propose une manière neuve de regarder le monde en crise, sans héroïsme de façade, sans discours plaqué. Son cinéma rappelle que l'imagination n'est pas l'ennemie de la connaissance. Elle en est parfois l'extension la plus rigoureuse.

Dans une époque saturée d'images écologiques interchangeables, Seto fait exactement l'inverse: elle singularise, elle observe, elle laisse la matière penser. C'est pourquoi ses films restent en tête. Ils ne nous demandent pas simplement de protéger la nature. Ils nous obligent à reconnaître combien nous l'avons mal regardée. Et cette correction du regard, chez Momoko Seto, prend la forme souveraine d'une aventure sensible.

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