Michael Showalter
Avec The Big Sick, Michael Showalter signe l'un de ces films américains qui paraissent modestes avant de révéler une intelligence très aiguë du ton, du rythme et des rapports affectifs. On le connaît d'abord comme comédien et figure d'une comédie alternative venue du sketch et de l'absurde, mais son travail de réalisateur mérite mieux qu'un statut de prolongement. Showalter n'est pas un simple gestionnaire de scénarios bien écrits. Il sait installer un climat où la gêne, la tendresse, l'ironie et la douleur peuvent cohabiter sans se neutraliser.
Cette aptitude vient d'un parcours marqué par la culture comique américaine, mais aussi par une certaine méfiance envers la machine du gag pur. Chez lui, le rire n'est jamais là pour écraser les situations. Il sert plutôt à faire circuler l'air dans des scènes qui pourraient sinon se figer dans le pathos. The Big Sick en fournit la plus belle preuve : la maladie, le conflit familial, la négociation interculturelle et la vulnérabilité sentimentale y coexistent dans un équilibre extrêmement difficile à obtenir. Showalter comprend qu'une comédie romantique contemporaine ne peut plus faire comme si le monde extérieur n'existait pas. Elle doit absorber les pressions sociales, religieuses, identitaires, sans perdre sa capacité de jeu.
Il y a chez lui une science discrète de la direction d'acteurs. Les interprètes ne sont jamais poussés à "faire drôle" de façon démonstrative. Showalter préfère les micro-décalages, les hésitations, les répliques qui tombent un peu à côté puis deviennent précisément pour cela mémorables. Cette esthétique du décalage convient parfaitement aux années 2010, décennie où la comédie américaine cherche souvent à se recomposer entre franchise industrielle et intimisme indépendant. Showalter occupe ce point d'équilibre. Il connaît les codes du studio, mais garde un goût très net pour les angles morts émotionnels.
Hello, My Name Is Doris illustre une autre facette de son cinéma : la possibilité d'aborder des personnages que l'industrie traite volontiers comme des fonctions comiques, puis de leur restituer une densité sans solennité. Le film observe une femme vieillissante avec assez de bienveillance pour ne pas la réduire à une excentricité, et assez de précision pour ne pas verser dans la consolation automatique. Showalter filme les maladresses, les projections, les humiliations minuscules du désir. Il sait qu'aimer reste souvent une affaire de mauvais timing, d'auto-fiction et de courage mal placé.
Cette attention aux êtres explique pourquoi ses meilleurs films résistent à la fadeur qui menace tant de productions dites "indie". Showalter n'idéalise pas la sincérité. Il sait que les sentiments sont traversés de stratégies, de peurs, de petites lâchetés. Son cinéma a donc besoin d'un certain embarras. Les personnages doivent se contredire, se rater, mal formuler ce qu'ils veulent. C'est dans ces ratés que le film devient juste.
Même lorsqu'il se rapproche de formes plus classiques, comme le biopic sentimental ou la comédie dramatique d'ensemble, il conserve ce tact particulier. Il ne force pas la profondeur, il la laisse apparaître par contamination. Une scène drôle devient triste sans changer de registre. Une conversation apparemment anodine déplace tout le film. Ce travail de modulation l'éloigne de la simple fabrication industrielle, même quand il travaille à l'intérieur de structures reconnaissables.
Dans l'histoire récente de la comédie et du drame américains, Michael Showalter compte ainsi parmi les cinéastes du ton juste, ce qui est peut-être plus rare qu'un grand geste formel. Il ne cherche pas le manifeste esthétique. Il cherche mieux : une manière de faire tenir ensemble le quotidien, le désir et le ridicule sans mépriser aucun des trois. C'est un art modeste seulement en apparence. En réalité, il demande une précision redoutable, et c'est précisément cette précision qui donne à ses films leur douceur nerveuse, leur mélancolie légère et leur véritable élégance.
