Michael Herz
Avec The Toxic Avenger et l'usine Troma, Michael Herz appartient à l'une des traditions les plus sales, les plus bruyantes et les plus nécessaires du cinéma de genre américain. Son nom ne renvoie pas seulement à une filmographie. Il renvoie à une méthode: produire vite, produire bas, produire contre le bon goût, puis transformer le manque d'argent en esthétique de la collision. Dans CaSTV, ses deux crédits suffisent à rappeler qu'une partie de l'horreur moderne vient des marges les moins polies de l'exploitation.
Herz, avec Lloyd Kaufman, a contribué à faire de Troma un laboratoire de mauvais goût organisé. Ce mauvais goût mérite mieux que le mépris automatique. Il fonctionne comme une arme contre le cinéma propre, contre les corps standardisés, contre la respectabilité comme valeur suprême. Le cinéma d'horreur y rencontre la comédie ordurière, le gore, le cartoon social, la satire anti-institutionnelle. Tout déborde: fluides, cris, couleurs, blagues, mutilations, slogans. L'excès n'est pas un accident. C'est le principe actif.
La place de Herz dans les États-Unis horrifiques est paradoxale. Troma est à la fois une industrie minuscule et une mythologie mondiale. Ses films ont formé des spectateurs, des techniciens, des cinéastes, parfois même des goûts entiers. Ils ont montré qu'un film pouvait être laid, agressif, incohérent par endroits, et pourtant vivant d'une vie que beaucoup de productions plus chères n'approchent jamais. La question n'est pas de savoir si Troma est élégant. Il ne veut pas l'être. La question est de comprendre pourquoi cette absence d'élégance a produit une liberté si durable.
Herz représente aussi un rapport au corps que l'horreur respectable tente souvent d'adoucir. Chez Troma, le corps est matière, plaisanterie, champ de bataille, déchet politique. Il explose parce que la société qui l'entoure est déjà toxique. Le mutant, le monstre, le pauvre type transformé par une catastrophe industrielle deviennent des figures grotesques d'une Amérique malade. Le gore n'est pas seulement une attraction. Il est une manière de montrer ce que les institutions préfèrent cacher sous du langage propre.
Les années 1980 ont donné à cette sensibilité son terrain idéal. Vidéoclubs, affiches criardes, distribution parallèle, appétit pour les titres interdits ou supposés tels: le cinéma d'exploitation y a trouvé un public capable de reconnaître la valeur de l'outrance. Herz appartient pleinement à cette époque, mais son influence dépasse la nostalgie. Les cultures du film culte, du festival de minuit, du cinéma fauché et du gore indépendant continuent de lui devoir quelque chose.
Il faut insister sur ce point: le film culte n'est pas un film raté que l'on aime par condescendance. Dans le cas de Herz et de Troma, le culte naît d'une cohérence dans l'incohérence apparente. Les films savent ce qu'ils refusent: la bienséance, la finition comme preuve de valeur, la séparation nette entre rire et dégoût. Ils proposent à la place une communauté de spectateurs prêts à se salir les mains, au moins symboliquement.
Dans Cabane à Sang, Michael Herz a donc la fonction d'un rappel brutal. L'histoire de l'horreur ne se fait pas seulement dans les châteaux gothiques, les maisons hantées élégantes ou les drames psychologiques distingués. Elle se fait aussi dans les décharges, les gymnases, les rues poisseuses, les laboratoires de fortune. Herz a compris qu'un monstre couvert de déchets pouvait parfois dire plus vrai sur l'Amérique qu'un héros impeccable. C'est une leçon de cinéma impur, et elle reste précieuse.
