Michael Dowse
Avec FUBAR, Michael Dowse capte une énergie locale très particulière : l'ouest canadien, l'ivresse, la pose hard rock, la bêtise touchante et la comédie comme autopsie affectueuse d'un milieu masculin qui se raconte lui-même en boucle. Ce faux documentaire devenu film culte n'est pas seulement une farce bien observée. Il contient déjà l'essentiel de son cinéma : un goût pour les personnages excessifs mais pas entièrement ridicules, une attention aux rituels sociaux du groupe, et une capacité à faire surgir une vraie mélancolie sous la surface du gag.
Dans le paysage du cinéma canadien, Dowse a longtemps occupé un espace particulier entre comédie populaire, observation générationnelle et savoir-faire industriel. Il n'a jamais cherché la distinction d'auteur au sens solennel. Pourtant, ses meilleurs films révèlent une compréhension très fine des communautés provisoires, des amitiés masculines, des codes de loyauté et des humiliations qui les soutiennent. Le rire, chez lui, n'efface pas la fragilité. Il la rend visible.
Goon en est sans doute la preuve la plus nette. Sous les dehors d'une comédie sportive volontiers brutale, le film travaille la question de la place : que vaut un corps fait pour cogner dans un monde qui vous demande aussi d'être aimable, stable, articulé, socialement lisible ? Dowse ne se moque pas de son personnage principal. Il le regarde chercher une forme de dignité à l'intérieur d'un système de violence ritualisée. Le hockey devient alors un excellent théâtre des contradictions nord-américaines, entre camaraderie, spectacle, classe et masculinité blessée.
Ce qui distingue sa mise en scène, c'est une franchise du rythme. Dowse sait faire avancer une scène, mais il sait aussi quand la laisser déraper légèrement, juste assez pour qu'un comportement cesse d'être purement fonctionnel et commence à révéler une faille. Cela vaut pour la comédie, mais aussi pour des films plus franchement ancrés dans le romantic comedy ou le buddy movie. Il ne cherche pas l'élégance abstraite. Il cherche le bon degré de collision entre tendresse et gêne.
Sa carrière américaine, avec What If ou Stuber, montre cette plasticité. Certains films sont plus lisses, plus dépendants des formats hollywoodiens, mais on y retrouve encore un intérêt pour les duos mal assortis, les conventions de genre légèrement usées jusqu'à ce qu'une émotion inattendue apparaisse. Dowse n'est pas un révolutionnaire des formes. Il est meilleur que cela : un cinéaste capable de trouver une humanité concrète dans des dispositifs très codés.
Il faut aussi prendre au sérieux sa manière de filmer les groupes masculins sans les absoudre. Le macho, le loser, le type trop sûr de lui, l'ami encombrant, le fanatique de sport ou de musique, tous ces personnages reviennent chez lui, mais ils ne servent pas à célébrer une virilité simple. Ils montrent plutôt ses impasses, ses performances fatigantes, sa capacité à masquer la peur d'être laissé derrière. Dans les années 2000 et 2010s, cette nuance comptait.
Michael Dowse mérite ainsi d'être regardé comme un cinéaste des communautés bancales. Il filme des gens qui tiennent ensemble par habitude, par bruit, par alcool, par loyauté mal exprimée, et découvre dans cette cohésion maladroite une matière de comédie étonnamment juste. Ses films savent que le grotesque social peut être un langage du manque. C'est pourquoi ils continuent de tenir, surtout lorsqu'ils se souviennent qu'une bande de copains, une équipe ou un duo comique sont aussi des structures de survie émotionnelle déguisées en spectacle de décontraction.
