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Matt McCormick

Avec Some Days Are Better Than Others, Matt McCormick compose un portrait de Portland qui refuse l'imagerie cool de la ville créative pour lui préférer une mélancolie de surface, presque un bégaiement du quotidien. C'est un point d'entrée juste dans son cinéma, parce qu'il montre d'emblée ce qui le distingue : une attention aux marges ordinaires, aux gestes sans prestige, aux lieux secondaires que le récit dominant du cinéma indépendant américain traverse sans les voir. McCormick appartient à une tradition artisanale et essayiste du cinéma des États-Unis qui s'est affirmée entre les Années 1990 et les années suivantes, mais il y introduit une tonalité propre, faite d'humour sec, de tristesse diffuse et d'une sensibilité très fine aux textures sociales.

Il n'est pas un cinéaste de l'exploit dramatique. Ses films préfèrent les micro-déplacements, les états flottants, les existences qui semblent s'être écartées de la grande route du succès sans pour autant basculer dans la catastrophe. Cette modestie apparente peut tromper. Elle demande un vrai sens de la durée, du cadre et de la coupe. McCormick sait qu'un quartier, une chambre, un trajet ou une rencontre banale peuvent contenir tout un régime d'époque. Il filme ainsi moins des intrigues que des atmosphères de déclassement, de suspension, de dérive calme.

Son travail documentaire est central pour comprendre cette sensibilité. The Subconscious Art of Graffiti Removal en est un exemple devenu culte à juste titre. À partir des formes involontairement abstraites produites par l'effacement municipal des graffitis, McCormick révèle quelque chose de profondément américain : la capacité d'une bureaucratie à fabriquer de l'étrangeté esthétique sans jamais le vouloir. Le geste pourrait être purement ironique. Il devient plus riche parce qu'il laisse apparaître une politique du regard. Voir ces murs repeints autrement, c'est comprendre qu'une ville produit aussi son inconscient visuel.

Cette qualité d'observation le rapproche d'une veine du documentaire et de l'essai filmé qui préfère l'écart au manifeste. On peut penser à James Benning pour l'attention aux territoires, ou à certains cinéastes de l'école du Nord-Ouest américain, mais McCormick est moins ascétique. Il garde toujours un sens du détail humain, de la petite gêne, du désajustement affectif. Ses films ne contemplent pas simplement des surfaces. Ils écoutent la fatigue sociale inscrite dans les lieux.

L'une de ses grandes forces tient à son rapport à la ville. Portland, chez lui, n'est ni décor branché ni enfer spectaculaire. C'est un organisme qui classe silencieusement les corps, distribue les occasions, absorbe les ambitions ratées. Là où tant de récits urbains aiment l'hyperbole, McCormick choisit la modulation mineure. Il observe ce qu'une économie locale fait aux gens qui n'y deviennent ni héros, ni victimes parfaites. Cette justesse est politique sans slogan.

Son cinéma pratique aussi une forme d'élégance pauvre qui mérite d'être défendue. Peu d'effets, peu d'insistance, mais une vraie précision dans le montage et dans l'agencement des présences. Il en résulte des films qui paraissent parfois légers avant de laisser une impression durable. Ce sont des oeuvres qui travaillent en sourdine. Elles refusent de se vendre comme événements, et c'est peut-être pour cela qu'elles captent si bien la vie de ceux pour qui rien n'arrive tout à fait comme prévu.

Dans le paysage du cinéma américain contemporain, Matt McCormick occupe donc une place discrète mais essentielle. Il rappelle qu'un film peut être modeste sans être mineur, drôle sans cynisme, local sans provincialisme. Ses images prennent au sérieux les restes, les périphéries, les formes de vie qui échappent à la dramaturgie de l'ascension comme à celle de la chute. Cela suffit à faire de son oeuvre un contrepoint précieux à la brutalité narrative dominante. McCormick ne cherche pas à agrandir le monde. Il le regarde à hauteur de fatigue, et cette hauteur-là est rarement aussi juste.

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