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Matt Hullum - director portrait

Matt Hullum

Avec Blood Fest, Matt Hullum aborde l'horreur par un angle doublement spécifique : celui d'un cinéaste issu d'une culture web et sérielle qui comprend intimement les réflexes du fandom, et celui d'un réalisateur américain capable de transformer cette connaissance en machine de massacre goguenarde. Il faut partir de cette jonction. Hullum n'arrive pas au genre comme un pur styliste ni comme un simple satiriste. Il arrive avec l'expérience d'une fabrique collective du récit populaire, où l'humour, la référence et l'efficacité de situation doivent cohabiter sans cesse.

Cela se sent dans sa manière de construire Blood Fest. Le film connaît les codes de la horreur contemporaine, ses sous-genres, ses manies, ses hiérarchies de fans, mais il ne se contente pas de les citer. Il les convertit en dispositif dramatique. Le parc à thème devient un espace où la consommation festive de la violence bascule vers la violence réelle, et cette bascule dit quelque chose de très précis sur notre rapport au genre : le désir de maîtriser la peur, de la classer, de l'organiser en attractions, peut toujours se retourner contre nous. C'est une idée simple, mais bien trouvée.

Hullum appartient à une génération des Années 2010 pour qui la porosité entre internet, série, jeu de rôle, culture geek et cinéma n'est pas un sujet extérieur. C'est un mode d'existence narratif. Il sait donc filmer des personnages qui pensent déjà leur propre vie à travers des schémas culturels partagés, des références, des scripts émotionnels hérités de la pop culture. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas de s'en moquer de haut. C'est de montrer comment ces scripts peuvent aider à survivre autant qu'ils peuvent aveugler.

Le rapport de Hullum au comique mérite d'être souligné. Beaucoup de comédies horrifiques récentes se satisfont d'une ironie molle, d'un clin d'œil complice qui dispense de toute véritable tension. Chez lui, l'humour fonctionne mieux lorsqu'il reste branché sur un sens de l'action. Il y a un vrai plaisir de mécanique, de poursuite, de retournement, de gestion de groupe. L'hybridation entre comédie et horreur devient alors pratique, presque tactique. On rit parce qu'un personnage reconnaît un code, puis on comprend que cette reconnaissance ne le sauvera pas forcément.

Cette logique de l'efficacité collective vient sans doute de son parcours dans la fabrication de récits au long cours. Hullum sait qu'un monde de fiction n'est pas seulement une suite de gags ou de rebondissements. C'est aussi une communauté d'attention, une manière de synchroniser des affects. Cela donne à son cinéma une dimension artisanale très nette. Même quand les films jouent sur la référence, ils cherchent avant tout à produire un rythme, une adhésion, une lisibilité. Dans un champ de la parodie horrifique souvent paresseux, cette qualité compte.

Le contexte des États-Unis est ici important. Hullum filme un environnement où le spectacle de la peur est déjà intégré à l'industrie du divertissement, aux conventions, aux dispositifs immersifs, à l'économie de la franchise. Blood Fest capte précisément cette situation. L'horreur y apparaît comme une forme culturellement organisée, socialement partagée, mais aussi disponible pour une radicalisation immédiate. Le film pose alors une question très contemporaine : qu'arrive-t-il quand la scénographie ludique de la violence cesse d'être une simulation ?

Matt Hullum n'est peut-être pas un auteur au sens canonique, mais ce n'est pas là le point décisif. Ce qui compte, c'est sa capacité à sentir un régime de culture et à l'incarner dans une forme de genre vive, accessible, jamais tout à fait dupe de ses propres plaisirs. Son cinéma sait que les publics d'horreur sont souvent des publics de la connaissance, de la classification, de la référence. Plutôt que de flatter ce savoir, il l'expose à un risque. Et ce risque rend ses films plus intéressants qu'une simple célébration de fan.

On pourrait dire que Hullum filme la rencontre entre la convention et le carnage, entre la culture participative et la perte de contrôle. C'est une ligne très américaine, très contemporaine, et étonnamment féconde. À cet endroit, son travail mérite d'être vu non comme une curiosité périphérique, mais comme un symptôme lucide d'une époque où le genre est partout, et où il reste pourtant capable de mordre.

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