Mathilde Parquet
Mathilde Parquet travaille depuis un axe franco belge où l'observation sensible du réel et la menace diffuse du genre peuvent se croiser avec une grande liberté. Les films présents chez CaSTV font sentir une cinéaste attentive aux corps, aux lieux de passage, aux instabilités affectives qui modifient peu à peu notre lecture d'une scène. Chez elle, la tension ne vient pas d'un programme spectaculaire. Elle se forme dans les écarts, dans la manière dont un rapport se dérègle, dont un espace cesse d'être neutre, dont une présence devient difficile à situer. C'est là que son cinéma rencontre naturellement le horreur et le drama.
Le contexte belge et français compte. Une partie du cinéma de cette zone travaille depuis longtemps les frontières entre naturalisme rude, stylisation discrète et trouble moral. Parquet semble s'inscrire dans cette famille tout en gardant un geste bien à elle, plus poreux, plus attentif à la vibration sensorielle des scènes. Le réel n'est jamais simplement posé comme garantie de sérieux. Il devient une matière à inquiéter, à écouter autrement. Cette qualité évite à ses films deux écueils fréquents, l'artifice du genre décoratif et la rigidité du drame programmatique.
Sa mise en scène paraît faire confiance aux seuils. Un film de Mathilde Parquet avance moins par tournants massifs que par glissements successifs. Une parole pèse davantage qu'elle ne le devrait. Un silence s'étire. Un lieu absorbe une tension qu'on n'avait pas encore nommée. Cette science de la propagation est précieuse. Elle produit une inquiétude moins bruyante, mais souvent plus durable. Le spectateur comprend que quelque chose a changé avant de pouvoir dire exactement quoi.
On peut inscrire ce travail dans les années 2020, période où plusieurs jeunes cinéastes européens ont réinventé le genre par des formes légères, attentives aux textures du présent. Parquet semble partager cette conviction qu'un film n'a pas besoin d'empiler des signes pour devenir inquiétant. Il lui suffit de regarder avec assez de précision les frottements humains. Les personnages sont alors saisis dans leur vulnérabilité concrète, non comme figures exemplaires mais comme présences fragiles, traversées par des impulsions contradictoires.
Le corps joue un rôle central dans cette logique. Chez Parquet, le malaise passe par la démarche, la fatigue, la manière d'occuper ou de ne pas occuper l'espace. C'est un cinéma très sensible aux formes d'exposition. Qui peut se montrer. Qui se retire. Qui devient soudain étranger à son propre environnement. Cette attention aux micro phénomènes donne aux scènes une qualité d'incarnation qui les empêche de se dissoudre dans le simple concept.
Il faut également souligner son usage des lieux. Les paysages, les intérieurs, les marges urbaines ou périurbaines n'ont pas seulement une fonction d'ambiance. Ils travaillent activement la dramaturgie. Une pièce, un terrain, une route, un dehors crépusculaire, tout cela devient chez elle un opérateur de perception. Le monde filmé ne sert pas de toile de fond, il pèse sur les êtres et leur renvoie quelque chose d'inassimilable.
Pour CaSTV, Mathilde Parquet représente ainsi une ligne très contemporaine du cinéma de genre européen, celle qui préfère l'infiltration au coup d'éclat. Ses films rappellent qu'une œuvre peut être discrète en surface et profondément troublante dans ses effets. Ils demandent une attention patiente, mais cette patience est récompensée par une sensation rare, celle d'un film qui continue de se déplacer en nous après la projection. C'est souvent le signe le plus sûr qu'une cinéaste ne se contente pas d'illustrer le trouble. Elle sait lui donner une forme.
