Marisa Hoicka
Dans les zones où la performance, l'art vidéo et l'horreur se touchent, Marisa Hoicka apparaît comme une présence qui déplace le genre vers le corps exposé, le dispositif et la couleur. Son unique crédit au catalogue ne se lit pas comme une simple rareté. Il suggère une entrée par les arts visuels, par des formes où la peur n'a pas toujours besoin d'une intrigue pour devenir active.
L'horreur issue de la performance travaille autrement que le récit classique. Elle ne demande pas seulement ce qui va arriver. Elle demande ce que signifie regarder. Un corps qui répète un geste, une voix qui insiste, un espace trop éclairé, une texture de peau ou de tissu peuvent produire un malaise très précis. La violence n'a pas toujours besoin d'être représentée frontalement. Elle peut être contenue dans une pose, dans une contrainte, dans une présence qui refuse de devenir confortable.
Hoicka se situe dans cette famille d'images qui traitent le cinéma comme un lieu d'action plastique. Pour CaSTV, l'intérêt est évident: le cinéma expérimental a toujours alimenté l'horreur, même lorsque les catalogues industriels faisaient semblant de l'ignorer. Les avant-gardes ont compris très tôt que le montage, la répétition, la déformation et le regard caméra pouvaient attaquer le spectateur plus profondément qu'un simple surgissement sonore.
Un seul crédit suffit à faire apparaître cette logique. Il faut le recevoir comme une pièce, non comme un résumé. Les artistes venus de la vidéo ou de la performance n'organisent pas forcément leur parcours selon les mêmes jalons que les réalisateurs de longs métrages. Ils produisent des objets, des installations, des interventions, des films courts, des hybrides. Leur rapport au genre est souvent oblique. Ils ne citent pas toujours l'horreur, mais ils en manipulent les outils les plus puissants: attente, exposition, répétition, inconfort.
Cette approche rejoint une histoire plus large du corps dans l'art contemporain. Depuis les années 2000, l'image numérique a rendu la présence corporelle à la fois plus accessible et plus instable. On peut se filmer sans cesse, se projeter, se découper, se rejouer. Cette multiplication des surfaces ne libère pas nécessairement. Elle peut devenir une nouvelle forme de hantise. Hoicka, par son inscription dans cette zone, rappelle que l'horreur contemporaine ne se trouve pas seulement dans les maisons abandonnées. Elle se trouve aussi dans la documentation de soi.
Le lien avec le Canada, même lorsque la fiche ne l'énonce pas comme pays de production, peut être sensible par l'écosystème artistique où ce type de pratique circule. Les scènes de Canada ont longtemps accueilli des formes hybrides, entre galerie, festival et cinéma de minuit. Montréal, Toronto et Vancouver ont contribué à faire dialoguer l'expérimental et le genre sans exiger que l'un se soumette à l'autre. Cette circulation correspond parfaitement à l'esprit d'une base comme CaSTV.
Il serait réducteur de chercher chez Hoicka un suspense traditionnel. Ce qui compte est plutôt la tension entre visibilité et contrôle. Qui regarde? Qui organise le cadre? Que devient un corps lorsqu'il est présenté comme image, comme objet, comme signal? L'horreur naît ici de questions très concrètes. Elle n'a pas besoin de masque. Elle peut se loger dans le fait d'être vue trop longtemps.
Cette forme de malaise demande une autre patience. Le spectateur qui attend seulement le choc risque de manquer le travail de pression. Mais celui qui accepte l'image comme espace de confrontation peut y trouver une peur plus sèche, moins narrative, presque clinique. Marisa Hoicka occupe cette place dans le catalogue: une porte vers des pratiques où l'horreur ne raconte pas toujours une histoire, mais organise une situation dont il devient difficile de sortir.
Son nom rappelle enfin que le genre reste vivant lorsqu'il accepte d'être contaminé par d'autres disciplines. La performance lui donne le présent du corps. L'art vidéo lui donne la boucle, l'écran, la surveillance. L'installation lui donne l'espace. Chez Hoicka, ou autour de sa trace au catalogue, l'horreur redevient une question très simple et très dure: combien de temps peut-on soutenir une image avant qu'elle commence à nous soutenir du regard?
