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Margherita Vicario - director portrait

Margherita Vicario

Avec Gloria!, Margherita Vicario attaque le film d'époque par son point le plus vivant : le son, le rythme, la pulsation d'un collectif féminin qui ne demande plus la permission d'exister. Cette entrée est décisive, parce qu'elle dit tout de son approche. Vicario ne traite pas le passé comme une vitrine à reconstituer avec dévotion. Elle le travaille comme une matière à réveiller, à décaler, à faire résonner avec le présent. Chanteuse, autrice, actrice puis réalisatrice, elle apporte au cinéma une intelligence musicale qui modifie immédiatement la circulation des corps dans le cadre.

Cette énergie n'exclut pas la rigueur. Au contraire, elle la rend plus nerveuse. Dans le contexte de la Italie, où le film historique peut facilement verser soit dans le prestige patrimonial, soit dans le jeu citationnel, Vicario trouve une voie plus frontale. Elle regarde les institutions, les hiérarchies, la discipline des corps, mais elle y cherche aussi les lignes de fuite, les poches de désobéissance, les moments où la création devient une forme de sabotage. Ce n'est pas un cinéma de la révérence. C'est un cinéma de la relance.

Pour CaSTV, son intérêt tient justement à cette capacité de déplacer les cadres établis. Même lorsqu'elle ne travaille pas dans l'horreur, Vicario comprend ce que le genre sait depuis toujours : les structures de pouvoir fabriquent leurs propres fantômes. Un couvent, une école, une maison, une scène peuvent devenir des lieux d'oppression, et donc des lieux de trouble. Le décor n'est jamais innocent. Il est chargé par l'histoire, par la discipline, par tout ce qu'il exige de ceux qui l'habitent. Dans cette perspective, son cinéma dialogue discrètement avec des traditions du film historique et du récit de révolte féminine.

Il faut aussi noter la manière dont elle filme l'ensemble plutôt que le seul destin individuel. Vicario semble attirée par les groupes, par ce qu'un chœur, une communauté ou une troupe peuvent révéler de la violence sociale autant que de la joie collective. Cette dimension chorale lui permet d'échapper au grand récit du génie solitaire. Elle préfère les contagions d'énergie, les alliances imprévues, les désordres fertiles. Dans les années 2020, où le cinéma d'auteur cherche souvent de nouvelles formes pour parler d'émancipation sans didactisme, cette direction paraît particulièrement féconde.

Son passé musical compte évidemment beaucoup. Non comme simple compétence annexe, mais comme principe d'organisation du monde filmé. Chez Vicario, le son n'accompagne pas l'image, il l'aimante. Il redistribue les intensités, bouscule les hiérarchies, transforme la scène en espace de friction entre ordre imposé et désir de liberté. Cette écoute donne à son cinéma une vitalité peu commune. Elle l'empêche de se figer dans l'idée de "beau film de costumes", catégorie souvent polie jusqu'à l'asphyxie.

Margherita Vicario mérite donc d'être pensée comme une cinéaste de l'élan et du contretemps. Elle sait que le passé n'est jamais stable, qu'il peut être rouvert depuis ses marges, depuis ses voix étouffées, depuis ses rythmes retenus. Le geste est politique, bien sûr, mais il est d'abord cinématographique. Il consiste à rendre au cadre son énergie de conflit. Là où certains restaurent, elle réanime. Là où certains illustrent, elle fait circuler. Et c'est précisément ce qui rend son travail précieux : il rappelle que la mise en scène peut encore être un acte de désobéissance joyeuse, une manière de faire entendre, à travers les murs les plus anciens, les vibrations d'un présent qui refuse de se tenir tranquille.

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