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Mads Matthiesen - director portrait

Mads Matthiesen

Teddy Bear est un point de départ parfait pour parler de Mads Matthiesen, parce que ce film danois des années 2010 prend une silhouette de colosse et la retourne entièrement. Là où le cinéma utilise si souvent le corps massif comme signe immédiat de menace, de virilité ou de grotesque, Matthiesen l'aborde comme un espace de timidité, de dépendance affective et de vulnérabilité presque enfantine. Cette inversion n'a rien d'un gadget scénaristique. Elle révèle ce qui fait la qualité de son regard: une aptitude à décaler les évidences sociales pour laisser apparaître la solitude qui les soutient.

Le cinéma danois a produit bien des formes de réalisme, du plus rugueux au plus stylisé. Matthiesen, lui, s'inscrit dans une ligne discrète où l'observation des comportements importe plus que la démonstration esthétique. Dans Teddy Bear, son sens du détail psychologique ne passe pas par le bavardage explicatif. Il passe par la manière dont un corps entre dans une pièce, baisse les yeux, supporte une relation maternelle envahissante, tente maladroitement le déplacement géographique et sentimental. Peu de films disent aussi bien qu'une domination familiale peut survivre sous les apparences de la tendresse.

Ce qui frappe surtout, c'est le refus de l'ironie facile. Un culturiste introverti, prisonnier d'un foyer maternel, aurait pu donner lieu à une satire cruelle ou à une fable d'exception sympathique. Matthiesen choisit une voie plus exigeante. Il regarde son personnage avec sérieux, c'est-à-dire sans l'ennoblir. La fragilité n'efface ni la maladresse ni l'opacité. Elle les rend simplement plus lisibles. Cette justesse donne au film une intensité sourde, presque embarrassante parfois, tant il met à nu le besoin d'être aimé quand on n'a jamais appris à habiter son propre corps.

On retrouve là une sensibilité très nordique, non pas au sens décoratif du terme, mais dans cette manière de laisser les situations s'installer sans chercher l'explosion dramatique permanente. Le malaise, chez Matthiesen, n'est jamais un simple effet. Il vient de la durée, du non-dit, de la répétition. Cela le rapproche d'un certain drame européen qui sait que la violence affective se niche souvent dans les routines. Les cuisines, les chambres, les salles de sport, les chambres d'hôtel deviennent ainsi les véritables théâtres de son cinéma.

Son rapport au déplacement compte aussi. Quand Teddy Bear quitte le Danemark pour regarder vers la Thaïlande, Matthiesen marche sur une ligne délicate. Le voyage pourrait devenir pure rédemption exotique. Il évite en partie ce piège grâce à une attention continue à la gêne, à l'inadéquation, à la négociation concrète entre désir et fantasme. Ce n'est pas un film sur l'émancipation triomphante, mais sur l'incertitude de toute sortie hors de soi. Cette nuance le sauve.

Mads Matthiesen ne fait pas un cinéma de proclamation. Il préfère la modestie des situations exactes. Mais cette modestie n'a rien de mineur. Dans les années 2010 et au-delà, elle rappelle qu'il est encore possible de filmer la masculinité autrement que comme bloc de puissance ou crise narcissique tapageuse. Mads Matthiesen regarde les hommes quand ils ne savent plus quoi faire de leur force, de leur honte, de leur besoin de contact. C'est un territoire ingrat, souvent mal filmé. Chez lui, il devient profondément humain.

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