Ludovic Matthey
Ludovic Matthey inscrit une sonorité suisse dans le catalogue, et avec elle un imaginaire de précision, de montagnes, de silence et de malaise impeccablement rangé. Aucun crédit CaSTV ne lui est encore associé, mais le contexte de la Suisse donne immédiatement au nom une texture rare pour l'horreur. Ce pays de surfaces propres, de frontières internes et de paysages écrasants offre au genre un matériau moins spectaculaire que profondément anxiogène: l'ordre qui devient oppression.
Le cinéma suisse de genre n'a pas la visibilité de ses voisins, et c'est précisément ce qui le rend intéressant. Il doit souvent travailler dans les interstices, entre langues, régions, financements, influences françaises, allemandes et italiennes. Matthey, comme profil sans crédit visible, appartient à cette géographie fragmentée. Un nom suisse ne renvoie pas à un bloc culturel simple. Il renvoie à des passages, à des frontières, à des vallées où l'on peut changer de langue sans changer de peur.
Depuis les années 2010, l'horreur européenne a réinvesti les espaces isolés avec une conscience nouvelle. La montagne n'est plus seulement sublime. Elle devient machine de séparation. Elle coupe le groupe du monde, amplifie la faute, rend les secours abstraits. Le thriller suisse ou alpin peut alors rejoindre l'épouvante par un glissement presque naturel: on croit suivre une tension psychologique, puis le paysage impose sa propre logique, plus ancienne que les personnages.
Ludovic Matthey peut être abordé à partir de cette idée de glissement. Sans film à commenter, il ne faut pas inventer de scènes, mais on peut décrire le champ dans lequel son nom prend sens. La Suisse horrifique serait un cinéma du réglage trop parfait. Les montres, les dossiers, les banques, les cliniques, les chalets, les tunnels, tout y promet la maîtrise. L'horreur commence quand cette maîtrise révèle qu'elle servait à cacher autre chose: un crime, une famille close, une communauté qui préfère l'ordre à la vérité.
Le folk horror prend dans ce cadre une forme particulière. Il ne s'agit pas forcément de danses paysannes ou de rites très visibles. Le folklore peut être administratif, communal, presque muet. Il peut tenir dans une fête de village, une règle non écrite, une manière de surveiller l'étranger à travers la politesse. La montagne garde les secrets avec une efficacité terrible. Un cinéaste suisse pourrait exploiter cette retenue mieux que n'importe quel excès.
La présence de Matthey dans CaSTV rappelle aussi l'importance des petites cinématographies dans la cartographie du genre. Les histoires de l'horreur se concentrent trop souvent sur les pays qui exportent le plus. Or les territoires moins dominants produisent parfois des formes plus étranges, parce qu'ils ne sont pas obligés de répondre à une image internationale trop fixe. Un profil à zéro crédit est fragile, mais il garde ouverte cette possibilité.
Pour l'instant, Ludovic Matthey fonctionne donc comme un nom de veille suisse. Il n'est pas encore un auteur défini, mais il appartient à un paysage où le silence, la verticalité et la norme sociale peuvent devenir des outils de peur. Dans l'horreur, le plus inquiétant n'est pas toujours ce qui crie. C'est souvent ce qui se tient droit, propre, exact, et refuse obstinément d'expliquer pourquoi la pièce est verrouillée.
