Laura Maiullari
Laura Maiullari est inscrite du côté suisse de CaSTV sans crédit relié, et cette origine déplace aussitôt l'attente vers un cinéma de précision, de retenue, de paysages qui semblent trop calmes pour être innocents. La Suisse horrifique n'a pas l'abondance industrielle des grands marchés, mais elle possède un pouvoir particulier: faire sentir que l'ordre, la neutralité et la beauté peuvent devenir des formes d'étouffement.
La Suisse est un territoire de frontières, de langues et de surfaces maîtrisées. Pour le cinéma d'horreur, cela ouvre des pistes très fortes. La peur peut y naître d'une institution impeccable, d'un village réglé par des habitudes anciennes, d'une montagne qui absorbe les secrets, d'un appartement où tout est rangé trop exactement. Le désordre y devient visible parce que le cadre prétend l'avoir exclu.
Laura Maiullari n'a pas encore d'œuvre associée dans la fiche. Cette absence interdit toute conclusion de style. Mais elle n'empêche pas de situer le nom dans une économie de production où les cinéastes de genre passent souvent par des formes brèves, des ateliers, des festivals, des collaborations transfrontalières. Les pays de taille plus modeste produisent parfois moins de titres, mais chaque film peut porter une charge culturelle dense.
Le court métrage constitue un espace particulièrement adapté à cette densité. Il permet de travailler un lieu unique jusqu'à ce qu'il devienne insupportable: une chambre d'hôtel, une clinique, un chalet, une route de montagne, une salle d'attente. Dans une courte durée, l'horreur suisse pourrait se passer de spectaculaire et miser sur la sensation d'un système sans issue. La porte n'est pas verrouillée, mais personne ne sort.
Depuis les années 2020, les productions de genre européennes circulent plus facilement entre festivals spécialisés. Cette circulation ne supprime pas les difficultés de visibilité, mais elle permet à des signatures comme celle de Maiullari de trouver plus vite des spectateurs attentifs. CaSTV, en gardant la fiche, prépare cette rencontre. Le catalogue ne dit pas encore ce que l'œuvre fera. Il refuse simplement de perdre le nom.
Ce qui pourrait être fécond chez une réalisatrice suisse, c'est la relation entre contrôle social et hantise. L'horreur aime les communautés qui se racontent comme paisibles. Elle sait que la paix peut être une méthode de silence. Dans un village propre, dans une famille correcte, dans une institution polie, la violence ancienne peut prendre des formes minuscules: un regard, une règle, une exclusion, une phrase prononcée avec douceur.
La fiche de Laura Maiullari rappelle aussi que le genre européen ne se limite pas aux traditions les plus bruyantes. Il existe une horreur de la température basse, de la lumière blanche, de la montagne trop belle, du document administratif, du secret gardé au nom de la stabilité. Cette horreur ne saute pas au visage. Elle s'assoit dans la pièce et attend que le spectateur comprenne que personne ne viendra expliquer.
Laura Maiullari demeure donc une présence suisse en suspens. Son intérêt, pour l'instant, tient à cette combinaison de rareté et de potentiel: un nom féminin, un territoire multilingue, une fiche ouverte dans un catalogue d'horreur. La peur viendra peut-être par le paysage, par l'ordre ou par une intimité trop bien tenue. La place est prête.
