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Kostis Charamountanis - director portrait

Kostis Charamountanis

Le cinéma de Kostis Charamountanis part souvent d'une sensation très grecque et très contemporaine: la famille comme archive brisée, la mémoire comme matériau troué, l'été comme scène de révélation presque malsaine. À partir de ses courts métrages puis de Kyuka Before Summer’s End, il s'est imposé comme une voix singulière de la Grèce des années 2020, à la fois proche et distincte du sillage post weird wave. Là où d'autres cinéastes grecs cultivent la raideur, l'allégorie ou le dispositif clinique, Charamountanis travaille davantage l'instabilité affective, la matière du souvenir et le désordre intime.

Son cinéma tient d'abord à une manière de monter les fragments. On y sent le goût des ellipses, des répétitions, des décalages entre ce qui est vu, ce qui est remémoré et ce qui semble rejoué. La narration n'avance pas comme une ligne continue. Elle revient, trébuche, se reforme. Ce n'est pas un caprice formel. C'est une façon très juste de traiter les liens familiaux, surtout lorsqu'ils sont chargés de non-dits, de désir, de culpabilité et de rôles distribués trop tôt. Chez Charamountanis, la famille n'est jamais un socle stable. C'est un montage précaire.

Kyuka Before Summer’s End le montre bien. Le film s'ouvre sur la promesse d'un temps suspendu, celui des vacances, des corps au soleil, du relâchement apparent. Mais cette surface se fend vite. L'île, la mer, les repas, les baignades ne produisent pas l'harmonie. Ils deviennent au contraire des révélateurs. Quelque chose ne tient pas, et le film a l'intelligence de ne pas surligner immédiatement ce défaut. Il laisse le trouble s'installer dans les gestes, dans les regards, dans le montage même. Cette discrétion donne au film sa puissance.

Charamountanis possède aussi un vrai sens du cadre sensoriel. La lumière, la peau, le vent, l'eau, les voix captées de biais, tout cela compose un cinéma très physique sans jamais être naturaliste au sens banal. Le réel y apparaît déjà travaillé par la mémoire et le fantasme. On ne sait pas toujours si l'on regarde un présent objectif ou un présent contaminé par ce qui ne peut pas se dire frontalement. Cette hésitation est féconde. Elle place le spectateur dans un état d'écoute instable, presque flottant, qui correspond profondément aux affects mis en jeu.

Il faut aussi noter la place que tient l'enfance ou l'adolescence dans cet univers. Non pas comme âge de l'innocence, mais comme zone où les structures familiales s'impriment avec le plus de violence silencieuse. Charamountanis filme très bien ce moment où l'on comprend sans encore savoir formuler, où l'on sent qu'une scène familière cache un autre récit. C'est là que son travail rejoint certaines lignes du cinéma d'auteur européen contemporain, mais avec une tonalité propre, plus fragmentée, plus tactile, moins soucieuse de prestige psychologique.

Dans le contexte du cinéma européen récent, et jusque dans les circuits de festival, Charamountanis représente une voie intéressante parce qu'il ne transforme pas la singularité formelle en signe de distinction creux. Ses ruptures de ton, ses glissements temporels, ses montages discontinus répondent à une nécessité émotionnelle. Ils servent à approcher des expériences qui résistent au récit propre. Il y a là une vraie éthique de la forme.

Kostis Charamountanis est donc moins un styliste de l'étrangeté qu'un cinéaste de la mémoire fêlée. Son cinéma regarde la cellule familiale comme un espace où l'amour, le mensonge et la mise en scène de soi se confondent constamment. Cette intuition, traitée sans lourdeur démonstrative, suffit déjà à faire de lui un auteur à suivre de très près.

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