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Kong Dashan - director portrait

Kong Dashan

Avec Journey to the West version science-fictionnelle et satirique de 宇宙探索编辑部, Kong Dashan signe une des propositions chinoises les plus attachantes de ces dernières années : un film qui avance comme un faux reportage cosmique, une comédie mélancolique et un conte sur l’obstination à croire encore à quelque chose. Ce mélange pourrait se dissoudre dans l’espièglerie conceptuelle. Kong Dashan l’ancre au contraire dans des corps, des visages et des paysages qui savent la fatigue du monde.

Ce qui frappe chez lui, c’est la manière de traiter la science-fiction comme une question d’échelle affective. L’univers, les extraterrestres, les messages venus d’ailleurs, tout cela n’est pas mobilisé pour produire seulement de la grandeur spéculative. Cela sert à mesurer la petitesse magnifique de l’humain, sa capacité à persister dans des croyances que le présent juge ridicules. Le héros de Journey to the West n’est pas un conquérant spatial. C’est un homme usé, presque anachronique, qui continue à suivre une intuition au bord du dérisoire.

Kong Dashan travaille ainsi un terrain rare dans le cinéma chinois contemporain : celui où la satire n’écrase pas l’émotion. Il regarde les utopies déclassées, les projets sans avenir apparent, les imaginaires de revue populaire et de bricole cosmique, mais avec une tendresse réelle. Cette tendresse n’est jamais naïve. Elle sait que le monde moderne humilie volontiers les rêveurs. Pourtant, le film laisse ouverte l’hypothèse qu’ils perçoivent parfois quelque chose que les gestionnaires du réel ont cessé de voir.

Sa proximité avec le fantastique et l’horror adjacent tient justement à cette instabilité entre croyance et ridicule. Lorsque des personnages affirment qu’un autre monde est possible, le spectateur hésite : délire, foi, besoin de consolation, ou contact véritable ? Kong Dashan entretient cette hésitation avec beaucoup d’intelligence. Il ne tranche pas trop vite, parce qu’il comprend que l’ambiguïté est le lieu même de l’émotion. Le film parle de l’inconnu, mais aussi du besoin très humain d’organiser sa solitude autour d’un signe.

Les années 2020 conviennent bien à une œuvre de ce type, tant elles sont marquées par la désorientation collective et la perte de grands récits stables. Kong Dashan répond à cette situation non par un cynisme facile, mais par une rêverie cabossée. Son cinéma accepte les formes modestes, les effets bricolés, les ruptures de ton. Il préfère une vérité de sensation à la perfection des surfaces. Ce choix donne à son travail une qualité presque artisanale, au meilleur sens du terme.

Il faut aussi noter son rapport au paysage. Le désert, la route, les lieux périphériques, les intérieurs un peu défaits, tout cela compose un monde où la science-fiction cesse d’être pure verticalité futuriste. Elle redevient terrestre, poussiéreuse, marquée par les restes matériels du présent. C’est une très belle intuition de mise en scène.

Kong Dashan mérite donc l’attention parce qu’il filme l’inconnu sans grandiloquence. Il sait que le vertige cosmique peut naître d’un magazine défraîchi, d’une vieille obsession et d’un trajet absurde à travers des régions oubliées. Là où d’autres utilisent la science-fiction pour se hausser, lui l’utilise pour écouter. Et dans cette écoute du dérisoire obstiné, il trouve une émotion singulière, presque secrète, qui donne à son cinéma sa vraie portée.

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