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Kike Narcea

Le nom de Kike Narcea appelle immédiatement une zone du cinéma espagnol où l'excès, la série B et le plaisir du mauvais goût travaillé cessent d'être des catégories inférieures pour redevenir des méthodes. Il faut partir de là, parce que son œuvre ne demande jamais la permission d'exister dans les hiérarchies respectables. Elle entre dans l'image avec une énergie de débordement, comme si le cinéma était d'abord un terrain d'attaque contre le bon goût, contre la bienséance narrative et contre la séparation confortable entre ce qui serait noble et ce qui serait vulgaire.

Dire cela ne revient pas à le réduire à un fabricant de provocation. Kike Narcea sait très bien ce qu'il fait avec les codes de l'exploitation. Il connaît leur puissance comique, leur brutalité, leur capacité à court-circuiter le discours convenu. Mais il sait aussi qu'un film ne vit pas longtemps sur la seule insolence. Ce qui lui donne de la tenue, c'est le sens du rythme, l'agencement des attractions, l'intelligence de la montée en température. Chez Narcea, le cinéma de genre devient un art du dosage agressif.

Dans le contexte de l'Espagne, cette position a un relief particulier. Le cinéma espagnol a produit, depuis longtemps, des formes très différentes d'horreur, de fantastique et de transgression, allant du raffinement gothique à la violence punk. Narcea se situe du côté le plus frontal de cette tradition, mais sans renoncer à une certaine conscience cinéphile. Il ne filme pas comme si l'histoire du genre n'existait pas. Il filme comme quelqu'un qui sait que cette histoire est déjà un terrain de jeu, un stock de gestes à salir, à accélérer, à rendre plus nerveux.

Le horreur et le comédie cohabitent souvent chez lui d'une manière très ibérique au bon sens du terme : non pas comme deux registres soigneusement séparés, mais comme deux intensités qui se nourrissent l'une l'autre. Le grotesque peut rendre la violence plus sèche. La violence peut donner au grotesque un goût plus dangereux. Cette circulation empêche ses films de tomber dans la simple plaisanterie. On rit parfois, mais d'un rire qui sait qu'il partage quelque chose avec le malaise.

Il faut aussi relever le rapport de Narcea à la matière basse du monde. Les corps sont lourds, sales, désirants, blessables. Les décors ne cherchent pas l'élégance. Les situations ne sont pas là pour flatter une idée abstraite du style. Tout cela produit un cinéma qui accepte le contact. C'est une qualité devenue rare. Beaucoup de films contemporains, même violents, ont peur de leur propre texture. Ils restent propres, stratégiques, presque aseptisés. Narcea, lui, préfère le débordement organique.

Cette préférence rejoint une autre dimension de son travail : le refus de la neutralité. Un film de Kike Narcea prend position par sa simple manière d'occuper l'écran. Il choisit la saturation plutôt que la discrétion, l'attaque plutôt que la bienséance, la dépense plutôt que la retenue de prestige. Cela peut diviser, bien sûr. Mais ce type de cinéma a une vertu critique que le centre poli perd souvent : il rappelle que le bon goût est aussi une discipline sociale, une manière d'apprendre au spectateur quels affects il est autorisé à éprouver et sous quelle forme.

On peut situer cette énergie dans le sillage des années 2000 et des années 2010, quand les frontières entre culte, série B et reconnaissance festivalière se sont déplacées. Pourtant, Narcea n'a pas besoin de cette légitimation pour compter. Son intérêt réside justement dans le fait qu'il persiste à travailler une veine impure, excessive, sans chercher à la rendre acceptable par supplément de respectabilité.

Voir Kike Narcea, c'est donc accepter une certaine idée du cinéma comme collision. Collision entre rire et dégoût, entre citation et salissure, entre amour du genre et sabotage de ses poses trop nobles. Ce n'est pas un cinéma pour l'innocence des classements. C'est un cinéma qui préfère l'énergie à l'approbation, et qui trouve dans cette indiscipline même sa forme de vérité.

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