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JP Bergeron

Le crédit de JP Bergeron dans CaSTV résonne particulièrement dans une base montréalaise: le nom porte une familiarité franco-nord-américaine, une proximité de langue et de territoire, même lorsque le contexte précis du film reste moins affiché. Bergeron entre dans l'horreur par cette zone de voisinage culturel où le genre n'est pas importé de loin, mais réapproprié dans des circuits locaux, bilingues, parfois modestes, souvent plus vivants que les grandes cartographies officielles.

Cette présence a du sens pour CaSTV, dont l'identité se situe entre Montréal, la cinéphilie de genre et une mémoire bilingue de l'épouvante. Bergeron évoque une possibilité de cinéma canadien au sens large, non comme étiquette administrative, mais comme climat: productions à petite échelle, humour sec, rapport étrange aux lieux ordinaires, mélange de proximité et de décalage. L'horreur nord-américaine n'est pas seulement américaine. Elle passe aussi par ces marges où les accents, les saisons et les espaces changent la texture de la peur.

Dans l'horreur indépendante, cette texture compte énormément. Un film fait avec peu doit savoir où il se trouve. Il doit sentir la rue, la maison, la lumière, le froid, l'intimité d'un intérieur trop connu. Le genre devient alors une manière de regarder le familier jusqu'à ce qu'il se défasse. Bergeron, par son emplacement dans le catalogue, participe à cette économie de la proximité: une horreur qui ne cherche pas nécessairement l'universel abstrait, mais la sensation très concrète que quelque chose cloche ici, dans ce lieu, maintenant.

Les années 2020 ont rendu plus visibles ces scènes locales. Le public de genre a appris à circuler entre courts métrages, festivals, plateformes spécialisées, microproductions et catalogues de niche. Cette circulation profite aux cinéastes comme Bergeron. Elle permet de ne pas attendre qu'une industrie complète les consacre pour les regarder. Un seul crédit peut déjà dire une chose sur la manière dont une communauté filme ses peurs.

On peut rattacher cette approche au thriller horrifique, surtout lorsque l'angoisse vient d'un événement concret qui dérape: une rencontre, une disparition, un retour, une intrusion, une obligation familiale. Le thriller donne au récit une ligne tendue. L'horreur lui retire la promesse d'une résolution propre. Même si l'on comprend ce qui s'est passé, quelque chose demeure contaminé dans le décor.

Bergeron intéresse aussi par la question de la langue. Dans un environnement bilingue, la peur peut changer de registre selon les mots employés, les silences, les malentendus, les codes sociaux. Le français et l'anglais ne sont pas seulement des outils de dialogue. Ils portent des mondes, des classes, des intimités différentes. Un cinéaste attentif à cela peut produire une épouvante très particulière, où l'étrangeté naît moins du surnaturel que du léger désalignement entre les personnes.

La discrétion de sa présence ne doit donc pas être lue comme une absence. Elle rappelle que l'horreur vit dans les marges régionales, les noms abrégés, les films qui n'ont pas besoin de grande publicité pour appartenir au genre. CaSTV sert justement à cela: garder visibles les traces, permettre aux spectateurs de relier les points, donner au cinéma d'épouvante une mémoire moins centralisée.

JP Bergeron apparaît ainsi comme une signature de voisinage, au meilleur sens du terme. Son crédit suggère une horreur proche, artisanale, inscrite dans des espaces que l'on pourrait reconnaître. C'est souvent là que la peur travaille le mieux: non dans l'exotisme, mais dans l'impression qu'elle aurait pu commencer à deux rues d'ici.

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