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Joshua Grannell - director portrait

Joshua Grannell

Avec All About Evil, Joshua Grannell fait du cinéma de quartier une scène de crime flamboyante, un mausolée camp où l'amour des vieux films déborde en meurtres, en poses, en projecteurs et en mauvais goût assumé. Avant même le film, Grannell existe dans la culture de genre sous le nom de Peaches Christ, figure de minuit, performeur drag, maître de cérémonie. Cette origine compte: son horreur n'est pas un couloir sombre, c'est une salle pleine qui applaudit le sang.

Grannell appartient à l'horreur queer dans son versant le plus théâtral et le plus cinéphile. Il ne se contente pas d'ajouter une sensibilité queer à des formes existantes. Il repart de l'histoire même des séances de minuit, des projections cultes, des publics qui savent répondre, rire, hurler, citer, transformer le film en rituel collectif. All About Evil est un film sur la folie du cinéma, mais aussi sur la communauté qui se forme autour de cette folie.

Son esthétique relève du camp horror, non comme simple ironie, mais comme politique du trop. Trop de maquillage, trop de poses, trop de cris, trop de désir d'être vu. Le camp, chez Grannell, n'adoucit pas l'horreur. Il la rend plus consciente de son caractère performatif. Les meurtres deviennent des numéros. La méchanceté a du style. Le mauvais goût cesse d'être une faute pour devenir une manière de refuser la petite bienséance qui voudrait que l'horreur reste à sa place.

Dans l'horreur américaine, cette position est importante. Le cinéma de genre a toujours eu des affinités avec les publics queer, les marginaux, les spectateurs qui trouvent dans les monstres une image tordue mais reconnaissable de leur propre exclusion. Grannell rend ce lien explicite et festif. Il filme l'horreur comme une fête de la monstruosité choisie, un espace où l'on peut devenir plus grand, plus cruel, plus drôle, plus visible que ce que la vie quotidienne autorise.

Il faut aussi prendre au sérieux sa dimension de programmateur et de performeur. Grannell comprend la salle comme un organisme. Son cinéma n'est pas seulement conçu pour être regardé seul, dans le silence domestique. Il appelle une réaction. Il sait que les films d'horreur vivent par les corps des spectateurs: sursauts, rires, dégoût, applaudissements, citations répétées. Cette conscience de la réception donne à son travail une énergie rare. Il ne fabrique pas seulement des images. Il fabrique une situation de cinéma.

Les années 2010 ont vu revenir un intérêt fort pour les cultures cultes, les restaurations, les festivals de genre, les redécouvertes de films longtemps méprisés. Grannell arrive dans ce moment avec une sincérité qui évite la nostalgie morte. Il ne fétichise pas le passé pour le mettre sous verre. Il le réactive, le salit à nouveau, le fait jouer devant un public qui sait que l'amour du cinéma peut être une forme de possession.

Ce qui distingue All About Evil, c'est son absence de honte. Le film aime les excès de l'exploitation, les actrices déchaînées, les décors de théâtre, les crimes grotesques. Mais il ne les empile pas comme des références froides. Il leur donne une logique affective: sauver un cinéma, sauver une persona, sauver une communauté de spectateurs par l'exagération même. L'horreur devient une défense contre l'effacement.

Joshua Grannell occupe ainsi une place singulière dans CaSTV. Il rappelle que le genre n'est pas seulement affaire de peur intime ou de terreur cosmique. Il est aussi une culture de salle, une histoire de masques, de fans, de drag, de rites nocturnes et de mauvais goût élevé au rang de discipline. Son cinéma a la beauté des vitrines macabres: il sait que le sang peut être rouge parce qu'il est faux, et que cette fausseté, bien brandie, peut dire une vérité plus vive que le réalisme.

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