https://cabaneasang.tv/fr/director/jose-ramon-larraz/
José Ramón Larraz - director portrait

José Ramón Larraz

Vampyres suffit à faire entrer José Ramón Larraz dans la grande géographie du cinéma d'exploitation européen : un territoire de désir poisseux, d'isolement campagnard, de pulsions meurtrières et de beauté malade. Larraz n'est pas un cinéaste de l'horreur noble. Il est bien mieux que cela. Il appartient à cette lignée d'auteurs déviants qui ont compris que le fantastique et l'érotisme pouvaient révéler une vérité très sombre sur le regard lui même, sur son avidité, sa passivité, sa violence.

Né en Espagne mais actif dans plusieurs contextes de production, Larraz représente un cinéma profondément transnational, typique de certaines zones européennes des années 1970. Le financement est mouvant, les frontières de genre poreuses, les ambitions parfois contradictoires. C'est précisément dans cet entre deux industriel qu'il trouve sa force. Ses films ne cherchent pas la respectabilité culturelle. Ils poussent au contraire les formes populaires vers un point de trouble où l'érotisme devient menace et où la menace conserve quelque chose de sensuel.

Vampyres en est l'exemple parfait. Sous l'apparence d'un film de vampires lesbien destiné au circuit d'exploitation, Larraz fabrique une œuvre d'atmosphère profondément malsaine. La maison isolée, la route, la forêt, les corps féminins filmés comme puissances prédatrices, tout concourt à faire du désir un piège littéral. Ce qui frappe n'est pas seulement le contenu transgressif. C'est la manière dont la mise en scène ralentit, observe, installe un régime hypnotique. Larraz sait que l'horreur n'est pas seulement affaire de surgissement. Elle naît aussi de la répétition, de la langueur, de la contamination du décor par la pulsion.

Avec Symptoms, il atteint une autre nuance de son talent. Le film se déplace vers une étrangeté plus psychique, plus ambiguë, sans renoncer à la sensation de trouble physique. Larraz ne tranche pas trop vite entre folie, désir refoulé et menace réelle. Il préfère laisser les états se superposer. Cette indécision contrôlée donne à ses meilleurs films une qualité presque vénéneuse. Ils ne se contentent pas de raconter des histoires de possession ou de meurtre. Ils nous placent dans un climat où les frontières de l'intime se dissolvent.

Le rapport au paysage compte énormément chez lui. Campagne anglaise, villas retirées, chambres, couloirs, maisons trop silencieuses : Larraz comprend que l'espace du film d'épouvante doit être à la fois concret et mental. On y entre physiquement, mais on y glisse aussi vers un état de perception altéré. C'est là qu'il rejoint, par des voies beaucoup plus impures, certaines intuitions du gothique et du cinéma fantastique. Le lieu devient complice d'un désir qui ne peut se formuler qu'en se détruisant.

Son statut critique a longtemps souffert du mépris porté à l'exploitation. Pourtant, revoir Larraz aujourd'hui montre combien ce mépris a manqué l'essentiel. Son cinéma n'est pas intéressant malgré ses excès. Il l'est par eux. Les intrigues parfois minces, les dialogues étranges, les rythmes flottants, les accès de crudité participent d'un univers où le malaise ne passe jamais par la politesse du bon goût. C'est un art impur, mais délibéré.

Dans l'histoire européenne du genre, José Ramón Larraz mérite donc une place plus centrale. Il a su faire du film de vampires, du psychosexual thriller et du récit d'isolement des formes de dérèglement très personnelles. Son œuvre sait que le regard convoite ce qui le menace, que l'érotisme est souvent une scène de prédation, et que la campagne la plus tranquille peut devenir un territoire d'empoisonnement moral.

Larraz reste ainsi l'un des grands noms souterrains d'un cinéma qui ne demande pas la permission d'être trouble. Ses films sentent la sève, le sang, le linge, l'attente, le désir qui tourne mal. Ils ne cherchent pas à se faire pardonner leur mauvais goût supposé. C'est précisément pour cela qu'ils conservent, aujourd'hui encore, une puissance de morsure intacte.

Suggérer une modification