José M. Cabanach
José M. Cabanach porte dans son nom même une précision incomplète, cette initiale centrale qui donne à l'horreur une allure de dossier, de signature administrative, de trace retrouvée dans une chemise mal classée. Son unique crédit CaSTV invite à lire le genre comme une affaire d'archives partielles. On ne possède pas tout, et l'on regarde justement parce que quelque chose manque. Le cinéma de peur commence souvent avec cette lacune.
Cabanach appartient à une zone hispanique où le fantastique entretient un rapport intime avec les papiers, les maisons, les lignées et les noms que l'on abrège pour mieux taire ce qu'ils transportent. Même lorsque le pays n'est pas spécifié, l'écho de l'Espagne et des cultures ibériques reste productif: une tradition de secrets familiaux, de catholicisme résiduel, de mémoire locale et de récits où l'identité devient un piège plutôt qu'un abri.
Le cinéma d'horreur aime les initiales parce qu'elles promettent une révélation. Une lettre au milieu d'un nom ouvre un espace entre le public et le privé. Elle dit qu'il existe une part réservée, peut-être banale, peut-être décisive. Dans un film, ce type de détail devient vite dramatique: une signature sur une lettre, un dossier médical, une tombe, une liste de victimes, un générique dont on ne sait pas encore qu'il contient la clé du malaise.
L'unique crédit de José M. Cabanach doit être abordé avec cette attention aux signes modestes. Les fiches courtes ne sont pas des fiches vides. Elles demandent simplement une critique moins paresseuse, capable de penser la trace plutôt que la carrière. Depuis les années 2010, l'horreur circule par une multitude de formats où les auteurs apparaissent parfois brièvement: courts, anthologies, projets collectifs, films indépendants. Cette circulation fabrique une mémoire discontinue, mais très vivante.
Ce qui intéresse ici, c'est la possibilité d'une horreur de l'identité fissurée. Les personnages croient savoir qui ils sont parce qu'ils possèdent un nom, une adresse, une histoire familiale. Le genre leur répond que ces éléments sont précisément les lieux de la menace. Un nom peut être une dette. Une maison peut être une accusation. Un prénom peut ouvrir une lignée de morts. Cabanach, dans cette perspective, devient un point d'entrée vers une peur généalogique.
CaSTV conserve cette présence parce qu'une base de genre sérieuse ne se contente pas des auteurs déjà commentés partout. Elle garde aussi les signaux faibles, les marges, les titres qui complètent les cartes nationales ou esthétiques. Les programmes de festival et de Sitges fonctionnent souvent ainsi: ils donnent une forme publique à des oeuvres qui, autrement, resteraient dans l'angle mort.
José M. Cabanach mérite donc une lecture sobre et ferme. On ne doit pas inventer une grande légende autour de son crédit, mais on doit reconnaître ce que ce crédit permet de penser: l'horreur comme art de l'information manquante. Dans ce cinéma, la peur n'est pas toujours le monstre que l'on voit. Elle est parfois la ligne absente du dossier, l'initiale jamais développée, le détail qui attend depuis le début que quelqu'un le lise enfin correctement.
