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Jorge Riquelme Serrano - director portrait

Jorge Riquelme Serrano

Avec Jorge Riquelme Serrano, on entre dans un cinéma où la sécheresse du cadre n'annule jamais la violence du monde, elle la rend au contraire plus nette. C'est un trait décisif. Il y a des réalisateurs qui cherchent l'intensité par l'emphase, et d'autres qui la trouvent en refusant obstinément tout débordement décoratif. Riquelme Serrano appartient clairement à la seconde famille. Ses films paraissent animés par une idée ferme : montrer assez pour que la brutalité du réel se fasse sentir, mais jamais assez pour la convertir en spectacle confortable. Cette rigueur le rapproche d'une sensibilité très contemporaine, entre Thriller et Horreur, qui a profondément marqué les Années 2010 et les Années 2020.

Ce qui frappe d'abord, c'est la tension entre l'apparente maîtrise des images et l'instabilité morale qu'elles contiennent. Les plans semblent souvent construits avec soin, presque avec retenue, mais ce calme n'a rien de pacifié. Il ressemble plutôt à une surface sous pression. Chez Riquelme Serrano, la menace n'est pas toujours identifiable au premier regard. Elle peut se loger dans un rapport de force social, dans une humiliation, dans une manière d'observer ou d'être observé. C'est là que le genre devient autre chose qu'une enveloppe. Il sert à faire apparaître les lignes de fracture d'un monde où la violence ne vient pas forcément de l'exceptionnel, mais du fonctionnement ordinaire des rapports humains.

Cette perspective donne à son cinéma une densité particulière. Beaucoup d'œuvres contemporaines parlent de brutalité, peu savent vraiment l'inscrire dans la mise en scène. Lui paraît comprendre que l'on ne filme pas la domination par simple déclaration thématique. Il faut que l'espace, le montage, la distance entre les corps, tout concoure à produire ce sentiment d'étau. Ses films semblent avancer ainsi : non comme une succession de péripéties, mais comme une réduction progressive des possibilités. À mesure que le récit progresse, le monde devient moins habitable. Cette sensation est plus forte que n'importe quel effet de choc, parce qu'elle touche directement à la question du pouvoir.

On sent également une grande méfiance à l'égard du psychologisme explicatif. Riquelme Serrano ne semble pas vouloir excuser ses personnages par un appareil de causes trop bien rangées. Il préfère les laisser dans une zone d'opacité active. Cela ne signifie pas qu'ils soient abstraits, bien au contraire. Ils apparaissent comme des êtres pris dans des contradictions réelles, mais le film ne les dissout jamais dans un discours de commentaire. Cette retenue est précieuse. Elle permet au spectateur de ressentir la complexité d'une situation au lieu d'en recevoir la morale préfabriquée. Le cinéma retrouve alors sa fonction première : organiser une expérience, pas simplement délivrer une conclusion.

Le rapport au temps mérite aussi d'être noté. Riquelme Serrano sait que l'inquiétude s'accumule mieux quand le film accepte certaines durées, certaines répétitions, certaines attentes. Il n'a pas peur des scènes qui semblent d'abord tenir sur un fil presque banal. Au contraire, c'est souvent là qu'il installe son dispositif le plus incisif. La répétition du quotidien, lorsqu'elle est légèrement déplacée, devient elle-même une machine de terreur. Une porte, un couloir, un regard trop fixe, une consigne apparemment anodine : tout peut s'aimanter. Ce cinéma comprend que le trouble naît moins de l'irruption du monstre que de la déformation lente des règles communes.

Avec seulement trois titres au catalogue, on voit déjà se dessiner une cohérence solide. Il ne s'agit pas d'une posture auteuriste facilement exportable, mais d'une manière de tenir ensemble sensation, critique et mise en scène. Le meilleur cinéma de genre ne choisit pas entre ces dimensions. Il les fait travailler ensemble jusqu'à ce que l'une devienne indissociable des autres. Riquelme Serrano semble avancer dans cette direction. Son œuvre suggère qu'une image peut être à la fois précise, dure et ouverte, qu'elle peut frapper sans se refermer complètement sur son propre sens.

C'est sans doute pour cela que ses films restent en mémoire comme des expériences de pression plutôt que comme de simples récits à retournement. Ils laissent quelque chose d'inconfortable, mais d'intellectuellement stimulant : l'idée que la violence contemporaine n'a pas toujours besoin de visage monstrueux pour produire de l'effroi. Elle peut se présenter sous des formes administrées, sociales, presque banales. Peu de cinéastes savent capter cette banalité sans l'affadir. Jorge Riquelme Serrano y parvient avec une autorité sèche qui force l'attention et mérite pleinement sa place dans un catalogue dédié aux formes les plus vives du cinéma de l'inquiétude.

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