Jonathan Mordechay
Jonathan Mordechay arrive chez CaSTV par Israël, territoire où le fantastique ne peut jamais se détacher longtemps de la frontière, de la mémoire et du voisinage inquiet des vivants. Cette origine donne à son unique crédit une résonance précise. Dans un cinéma israélien marqué par la tension des espaces, par la politique inscrite dans les corps, par l'impression que chaque lieu porte plus d'histoire qu'il ne peut en contenir, l'horreur prend rarement la forme d'un simple jeu de menaces. Elle devient une question d'habitation.
Le cinéma israélien possède une relation singulière au genre. Il peut passer par le thriller, la satire noire, le récit de siège, le drame familial contaminé par une violence plus ancienne. L'effroi n'y est pas toujours surnaturel. Il naît souvent d'une proximité impossible: quelqu'un est trop près, une maison est trop exposée, un quartier ne dort pas vraiment, une histoire collective déborde dans l'intime. Mordechay, avec un seul crédit dans le catalogue, doit être abordé à cette échelle: non comme un système déjà fermé, mais comme une entrée vers un climat.
Ce climat parle à CaSTV parce qu'il rejoint l'un des principes du cinéma d'horreur: la peur n'est jamais pure. Elle transporte des conflits sociaux, des héritages, des usages du territoire. Un film peut afficher une intrigue resserrée et garder dans ses murs un bruit plus vaste. Chez un réalisateur situé dans ce contexte, la moindre menace domestique peut prendre une dimension géographique. La porte qui ferme mal, le chemin trop découvert, le regard depuis l'autre côté de la rue: tout devient une syntaxe de l'insécurité.
Il faut aussi compter avec la tradition méditerranéenne du récit tendu, où la lumière elle-même peut devenir hostile. L'horreur n'a pas besoin d'une nuit gothique pour s'imposer. Elle peut apparaître dans la clarté sèche, dans un appartement blanc, dans une cour où chacun entend tout. Les années 2010 ont particulièrement favorisé ces hybridations: films de genre modestes, productions nerveuses, récits qui empruntent au cinéma de festival sans abandonner l'efficacité populaire. Mordechay s'inscrit, par son crédit, dans cette zone de porosité.
Un nom à un seul crédit peut sembler mineur aux yeux d'une histoire du cinéma obsédée par les sommets. Pour une base de genre, il a une autre valeur. Il documente la circulation de la peur. Il montre que l'horreur ne se construit pas seulement dans les pays déjà identifiés comme grands exportateurs de cauchemars, mais aussi dans des cinématographies où le genre se frotte à des réalités locales très chargées. La singularité de Mordechay tient justement à cette inscription: l'effroi n'est pas abstrait, il a une adresse.
Cette adresse n'est pas seulement nationale. Elle est morale. Un film de peur israélien, même lorsqu'il s'autorise le divertissement, porte souvent la question de la responsabilité: qui a vu, qui n'a pas voulu savoir, qui protège sa maison au prix de celle des autres, qui transforme la survie en brutalité? Ces questions peuvent rester sous la surface, mais elles modifient la texture du suspense. Elles empêchent la menace d'être seulement mécanique.
Jonathan Mordechay mérite donc une lecture attentive, débarrassée de l'attente d'une filmographie abondante. Son passage chez CaSTV suffit à rappeler qu'une cinématographie du trouble peut tenir dans un crédit si ce crédit ouvre vers un territoire riche de tensions. Il faut le regarder comme on regarde une fenêtre éclairée au fond d'une rue: la scène paraît contenue, mais l'obscurité autour d'elle travaille déjà à changer le sens de ce que l'on voit.
