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Jonathan Keijser

Avec Peace by Chocolate, Jonathan Keijser s'est fait connaître par un cinéma de déplacement, d'exil et de reconstruction communautaire, un territoire qui paraît éloigné de l'horreur mais qui touche pourtant à l'une de ses matières fondamentales: la vulnérabilité des corps arrachés à leur monde. Dans le catalogue de genre, ses deux crédits invitent à regarder la peur non comme un monstre isolé, mais comme une expérience historique et sociale qui laisse des traces dans les récits les plus accueillants.

Keijser n'est pas un cinéaste qu'il faut forcer dans un moule horrifique. Son intérêt, pour CaSTV, tient plutôt au voisinage. Il rappelle que le genre ne vit pas seulement dans les films qui brandissent ouvertement leurs menaces. Il dialogue avec des cinémas de la migration, de la mémoire, de la perte, où la maison n'est jamais une donnée simple. Or l'horreur commence souvent là: dans la question de savoir si l'on peut encore habiter quelque part.

Le lien avec le Canada est important, même si la trajectoire de Keijser excède les catégories nationales faciles. Le Canada, dans son cinéma contemporain, travaille souvent l'accueil, la communauté, la frontière entre récit intime et identité collective. Quand cette sensibilité rencontre les marges du genre, elle peut produire une peur calme: celle de l'assimilation impossible, du passé qui traverse la table familiale, de la violence venue de loin mais jamais vraiment quittée.

Dans une perspective de drame horrifique, la question n'est pas de savoir si le film montre un spectre. Elle est de savoir comment une vie porte ce qui l'a hantée. Les personnages déplacés connaissent une forme de présence invisible: souvenirs, morts, langues perdues, dettes affectives, culpabilité de survivre. L'horreur, comprise largement, donne des outils pour penser cette persistance sans la réduire à un message.

Keijser semble attiré par les récits où l'identité se recompose sous le regard des autres. Cette situation, dans le cinéma de genre, devient vite inquiétante. Être observé, évalué, accueilli sous condition, c'est déjà vivre dans une maison dont les murs appartiennent à quelqu'un d'autre. Le fantastique n'a qu'un pas à faire pour transformer cette hospitalité en piège. Même hors du surnaturel, la tension est là.

Les années 2010 ont multiplié ces œuvres hybrides où les blessures géopolitiques entrent dans des formes populaires. Le film de genre n'est plus seulement une échappatoire. Il devient un instrument pour penser la circulation des traumatismes. Keijser, par son intérêt pour l'exil et la communauté, se place sur une ligne adjacente à cette évolution. Il montre que la peur peut aussi venir du besoin d'être accepté sans être effacé.

Sa place dans CaSTV doit donc être comprise comme celle d'un réalisateur de porosités. Il n'est pas nécessaire de lui attribuer des intentions macabres pour percevoir ce qu'un catalogue d'horreur peut reconnaître en lui: une attention aux fragilités de l'appartenance, aux lieux qui promettent refuge mais exigent transformation, aux mémoires qui ne se laissent pas ranger. Le cinéma de Keijser, lorsqu'on le lit depuis le genre, rappelle que la hantise n'est pas toujours un visage dans un miroir. Elle peut être une langue que l'on parle moins, une maison quittée, une nouvelle vie bâtie sur un sol qui tremble encore.

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