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John Ogunmuyiwa

Avec le court métrage Mandem, John Ogunmuyiwa attaque d'emblée un territoire très précis : une horreur urbaine britannique qui connaît la vitesse de la blague, la densité du quartier et la brutalité sociale qui dort sous l'assurance collective. Ce point de départ compte, parce qu'il évite le faux universalisme où tant de jeunes cinéastes viennent se réfugier. Chez Ogunmuyiwa, la peur n'arrive pas dans un vide abstrait. Elle surgit dans des espaces déjà codés, traversés par des hiérarchies, des habitudes verbales, des réflexes de groupe. Le fantastique n'efface pas ce monde. Il l'électrise.

Ce qui distingue immédiatement son travail, c'est sa capacité à préserver une énergie de circulation. Beaucoup de films d'horreur contemporains surjouent le sérieux, comme s'il fallait expulser toute vivacité pour fabriquer une atmosphère. Ogunmuyiwa comprend au contraire que le mouvement, le rythme d'une conversation, la tension entre camaraderie et vulnérabilité peuvent être de formidables vecteurs d'angoisse. Son cinéma ne méprise pas la culture populaire qui le nourrit. Il la prend au sérieux, sans jamais la figer en vitrine sociologique. C'est une différence essentielle.

Inscrire son travail dans les Années 2020 permet de voir plus nettement ce qu'il apporte à la Horreur. Nous sommes dans une période où le genre britannique cherche à renouveler ses décors et ses voix, à sortir du cottage gothique comme du réalisme gris le plus programmatique. Ogunmuyiwa participe à cette mutation par la bande la plus vive : celle du film de genre qui connaît la culture du clip, la pression des réseaux, la circulation des affects dans les groupes jeunes, mais refuse de réduire tout cela à une simple esthétique de surface. Sa mise en scène garde du nerf, certes, mais elle garde aussi une idée très claire du point de rupture.

Cette idée du point de rupture est décisive. Chez lui, un groupe n'est jamais seulement un groupe. C'est une structure de protection et de déni. On s'y soutient, on s'y performe, on s'y raconte à soi-même. Puis quelque chose fissure cette économie fragile. Ogunmuyiwa sait très bien filmer ce moment où l'humour cesse d'être un bouclier et devient l'indice d'une panique qui monte. Il n'a pas besoin de longs discours sur la masculinité, la précarité ou l'appartenance. Tout cela existe déjà dans la manière dont les corps occupent un espace, se défient, se rassurent, s'isolent.

Il faut aussi parler de sa maîtrise du format court. C'est souvent là que les ambitions théoriques meurent, étouffées par le besoin de conclure vite. Ogunmuyiwa fait l'inverse. Il utilise la brièveté comme un instrument de pression. Le récit avance avec une netteté remarquable, mais sans donner l'impression d'être une mécanique scolaire. Il laisse au contraire affleurer une qualité de vécu, une matière concrète du présent. Cette précision donne beaucoup de poids aux intrusions du fantastique ou de l'horreur corporelle, parce qu'elles n'ont pas l'air importées. Elles semblent secrètement contenues dans le tissu même du monde montré.

Son importance tient aussi à la manière dont il déplace la représentation noire dans le cinéma de genre anglophone. Non pas à coups de slogans, mais par évidence de regard. Les personnages ne sont pas là pour corriger un déficit de visibilité à l'intérieur d'un cadre inchangé. Le cadre lui-même change avec eux. Les lieux, les intonations, les solidarités, les rapports d'exposition au danger fabriquent une autre cartographie du genre. Dans les Années 2020, cette reconfiguration n'est pas un détail de casting. C'est une question de forme.

Ogunmuyiwa appartient ainsi à une génération de cinéastes pour qui la Horreur peut redevenir un cinéma d'observation nerveuse, capable d'absorber les pressions du présent sans renoncer au plaisir du choc. Son travail ne cherche ni l'ennoblissement muséal ni la provocation creuse. Il vise plus juste. Il veut que l'effroi sorte du monde tel qu'il est parlé, habité et déséquilibré. C'est pourquoi ses films laissent une impression si nette : ils savent que la peur n'est jamais pure. Elle est traversée par la classe, la race, la performance sociale, le besoin d'appartenir.

Cette lucidité fait de John Ogunmuyiwa une présence à suivre de près. Même avec peu de crédits au catalogue, il donne déjà le sentiment d'un auteur qui ne se contente pas d'entrer dans le genre, mais qui le force à se déplacer. Et ce déplacement, dans un paysage souvent paresseux, vaut déjà beaucoup.

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